Villes durables : pour une approche circulaire !

Le mercredi 21 novembre, GreenFlex organisait un petit-déjeuner en partenariat avec l’Alliance nationale de recherche pour l’environnement (AllEnvi) sur le thème « Villes durables : pour une approche circulaire ! ». L’événement a réuni Nathalie Machon, professeur d’écologie au Muséum national d’histoire naturelle à Paris, et Mathieu Bonin, directeur conseil chez GreenFlex sur les thématiques relatives au développement urbain responsable. Retour sur leurs échanges.

Les villes accueilleront deux tiers de l’humanité d’ici 2050. Elles sont responsables de près de 70 % des émissions de gaz à effet de serre et consomment deux tiers de l’énergie mondiale. Face à ces enjeux démographiques, de ressources et pour le climat, il faut revoir le modèle urbain actuel et repenser la place de la nature en ville.

Les villes denses sont une alternative majeure à l’étalement urbain et l’artificialisation des sols. Elles sont en plus des lieux riches pour l’échange, la culture et l’innovation. Et grâce à l’économie circulaire, il sera possible de réduire la pression des activités des villes sur les ressources et les milieux naturels. La nature et la biodiversité qui peuvent y trouver une place, contribueront également au mieux vivre et à leur résilience.

Comment envisagez-vous l’économie circulaire dans la ville ?

Mathieu Bonin – En France, les bâtiments représentent 44 % de l’énergie consommée, 25 % des émissions de gaz à effet de serre, et 40 millions de tonnes de déchets. Pour réduire cet impact, GreenFlex promeut une approche de bon sens, en trois étapes. Celle-ci commence impérativement par une démarche de sobriété, qui vise à repenser les besoins et les espaces en amont, puisque le meilleur déchet reste celui qu’on ne produit pas. Dans une optique d’efficacité de la matière, il faut ensuite concevoir des bâtiments réversibles, démontables, modulables. Enfin, il s’agit de choisir le bon mix de matériaux, en privilégiant le réemploi, le biosourcé, etc. Progressivement, l’objectif est de passer d’initiatives isolées et « artisanales » à une approche industrialisée et largement répliquée.

Parallèlement, quels sont les services rendus potentiellement par l’écosystème naturel en ville ?

Nathalie Machon – La « biodiversité » est constituée de l’ensemble des espèces animales et végétales, qui peuplent la planète et forment des écosystèmes. La biodiversité en ville est assez banale, car il faut des espèces capables de résister et s’adapter à toutes nos constructions. Tout dépend évidemment des villes, mais elle reste quand même relativement riche… toujours plus que celle d’un champ de maïs, par exemple !

La ville a besoin des services rendus par les écosystèmes naturels, afin d’être vivable pour les citadins. La présence de plantes permet par exemple de baisser les températures, là où le « tout minéral » les rendrait insupportables. La biodiversité est aussi capable d’agir sur la dépollution de l’air et des sols. Lorsqu’on fait un potager, il faut des pollinisateurs pour transformer les fleurs en légumes ou fruits. Enfin, la nature nous rend des services immatériels et culturels. Des études montrent par exemple que la qualité de la biodiversité côtoyée a un impact fort sur l’état physique et psychologique des citadins.

Une manière de nourrir les villes dans une approche de circuits courts, tout en renforçant la présence de la nature en ville est l’agriculture urbaine. Comment faire le lien entre économie et nature en ville ? Quels modèles économiques pour les démarches de végétalisation ou d’agriculture urbaine ?

Mathieu Bonin – Si on envisage une démarche d’économie circulaire dans la ville, on peut circulariser les flux de matière, d’énergie, d’eau, mais aussi la production alimentaire. Il existe plusieurs formes d’agriculture urbaine et l’enjeu est aujourd’hui de passer à l’échelle. Au départ, la dépendance aux subventions peut être relativement importante, mais les modèles économiques se complèteront in fine pour créer un écosystème, allégeant aussi la pression sur ceux qui nécessitent plus de temps pour se développer. En outre, les externalités positives de ces systèmes sont nombreuses : reconnexion entre les citadins ; valorisation des actions des collectivités ; production d’une alimentation transparente, saine et produite localement.

A quelles conditions ces écosystèmes agricoles urbains peuvent-ils être fonctionnels ?

Nathalie Machon – La diversité des formes est essentielle pour avoir une biodiversité de qualité, car ce ne sont pas les mêmes espèces qui sont abritées dans les différents espaces. Il faut des coins de pelouse, mais aussi des plantes, des espaces en friche, des toitures végétalisées, des bouts de forêts… Et cela ne suffit pas ! Pour respecter l’enjeu des trames vertes et bleues, les surfaces doivent être assez importantes pour que la biodiversité soit fonctionnelle et rende ses services. Il faut aussi ménager une certaine continuité, afin de rendre possibles les échanges entre les différents territoires de biodiversité, avec d’autres espaces urbains ou à l’extérieur de la ville. Cependant, attention aux envahisseurs ! En raison de la multiplication des réseaux de transports, la ville accueille beaucoup d’espèces venues d’ailleurs.

Quels sont les acteurs à réunir pour passer à l’échelle et quel est leur rôle pour accélérer l’émergence d’une ville durable ? Quelle gouvernance de ces projets doit-on mettre en place pour assurer leur pérennité ?

Mathieu Bonin – Il faut absolument éviter une économie circulaire à deux vitesses. L’approche cognitive peut permettre d’agir sur les comportements, car même si les messages alarmistes sont importants à prendre en compte, on ne parviendra pas à engager les gens avec ce seul discours. Il est indispensable que toutes les forces vives se mobilisent pour pouvoir agir. Se pose par exemple la question de la gouvernance : qui est prêt à payer lorsqu’il n’y a pas de rentabilité immédiate, malgré des externalités positives évidentes ? Nous devons trouver les acteurs capables de privilégier les bénéfices sur le moyen terme, pour permettre aux projets de se maintenir dans la durée.

Nathalie Machon – Les citadins doivent accepter le bouleversement culturel d’une ville qui change de standards. Les trottoirs tirés au cordeau et sans herbes, par exemple, sont une impasse à laquelle il faut renoncer. Du côté des collectivités, il faut impérativement consulter les citadins pour tous les mobiliser. De plus, on est certain d’avoir une biodiversité diverse en les sollicitant, car ils ont des attentes multiples ! Les sciences participatives, quant à elles, invitent les habitants à contribuer à l’observation des espèces. Le fait de leur donner un nom change aussi la perception qu’ils ont de la biodiversité et les rend ensuite moins enclins à la voir détruite. Concernant les entreprises, faire participer les employés à la gestion des espaces verts fonctionne souvent mieux que les services externalisés. En prime, cela permet de les inciter à changer leurs habitudes, ce qu’ils transposent ensuite chez eux.

_______________

Pour en savoir plus sur la nature en ville, lisez également le compte-rendu de l’événement « Tous Urbaculteurs ! Quels (business) modèles pour l’agriculture urbaine ? »