L’électricité verte sur la bonne trajectoire

La loi de 2015 sur la transition énergétique et pour la croissance verte avait fixé un objectif clair aux énergies renouvelables : représenter 23 % de la consommation finale d’énergie de la France en 2023. Une mission difficile sachant que ce taux était autour de 16 % en 2016.

40 % d’énergies vertes en 2030

Dans l’éolien terrestre, la multiplicité des étapes à franchir, de la conception d’un projet à sa réalisation, et les nombreux recours juridiques ont longtemps été un frein. Ce faux départ a été corrigé par l’institution d’une autorisation environnementale unique mise en place à la fin du quinquennat de François Hollande. L’étau s’est encore un peu plus desserré début 2018 avec l’annonce d’un plan de « libération de l’éolien terrestre » par le gouvernement d’Edouard Philippe. Bilan des courses : l’objectif de la PPE, à savoir 15.000 mégawatts (MW) installés pour la fin 2018, sera rempli, selon les professionnels du secteur.

Fin juin, la filière photovoltaïque comptait elle environ 8.500 mégawatts de capacités raccordées au réseau pour un objectif de 10.200 MW fin 2018. Mais elle a été débridée en début d’année par le doublement du volume annuel des appels d’offres, porté à 2.450 MW par Nicolas Hulot. De quoi atteindre son objectif de 18.200 MW, en fourchette basse, en 2023.

Le volontarisme de l’Etat

Un autre objectif, celui d’arriver à 40 % d’énergies vertes dans la production d’électricité en 2030 apparaît donc « à notre portée », considère le syndicat des énergies renouvelables (SER) où l’on estime même pouvoir dépasser les 50 % à cette échéance. A une importante condition : que l’Etat continue à se montrer volontariste pour bâtir des filières industrielles autour des énergies vertes.

L’éolien en mer apparaît par contre comme un point noir, avec aucune éolienne offshore installée, pour un objectif initial de 500 MW en 2018 et 3.000 MW en 2023. La confirmation d’une première vague de six parcs a néanmoins été actée l’été dernier, en échange d’une baisse de 30 % du tarif de rachat de l’électricité. « S’il n’y avait pas ces programmes d’appels d’offres avec des niveaux d’ambition suffisante, nous ne pourrions pas pérenniser les 15.000 emplois liés à cette filière au Havre et à Saint-Nazaire », prévient Jean-Louis Bal, le président du Syndicat des énergies renouvelables (SER).

L’impact de la taxe carbone

Les énergies vertes utilisées dans la production de chaleur sont, quant à elles, très à la peine. Elles ne représentent que 20 % de la consommation finale, très loin des 38 % à atteindre en 2030. Ce secteur est pénalisé par les investissements à réaliser. Un handicap que la montée en puissance de la contribution climat-énergie, la taxe carbone qui frappe les énergies fossiles, devrait permettre de réduire. Mais cela reste insuffisant. « Il faudrait que la PPE fixe une trajectoire pour le fonds chaleur », plaide Jean-Louis Bal, président du SER. François de Rugy, le ministre de la Transition écologique, a annoncé que  ce dispositif de soutien aux projets piloté par l’Ademe passerait de 200 à 300 millions l’an prochain. Le SER souhaiterait beaucoup plus (400 millions).

La question du nucléaire

Dernière inquiétude, le poids des énergies renouvelables dans la PPE. Les acteurs du secteur ne le disent pas aussi crûment, mais le report de 2025 à 2035 de l’objectif de réduction à 50 % de la part du nucléaire dans le mix électrique suscite des craintes. « Nous allons être vigilants », prévient Jean-Louis Bal, qui redoute que les caps assignés à leurs différentes filières ne soient de ce fait remis en cause.

Source : Les Echos