La méthanisation, nouvelle source d’économie(s) pour les collectivités

Réduction des émissions de gaz à effet de serre, économie d’énergies, création d’emplois… Les raisons qui poussent les collectivités à se lancer dans la méthanisation sont nombreuses. Alors, un peu partout sur le territoire, les méthaniseurs poussent et créent une économie vertueuse.

Transformer les déchets organiques, agricoles ou agroindustriels en énergie, tel est l’objectif de la méthanisation. Grâce à cela, les agriculteurs mais également les entreprises ou les collectivités peuvent produire du gaz propre ainsi que de la chaleur et de l’électricité. Pour les collectivités, la méthanisation permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre, de faire des économies mais également de créer de l’emploi. Donc la méthanisation attire.

A Dijon, la Métropole a choisi de créer un centre pour valoriser ses déchets végétaux, industriels, ménagers ou agricoles et réduire son impact carbone. Dans l’Allier, la communauté de communes du Val de Cher s’est associée à la société rennaise Vol-V Biomasse pour installer une unité de méthanisation territoriale. La communauté d’agglomération, Vichy Communauté a, quant-à-elle, imaginé prendre des parts dans une SAS avec la société Méthajoule, spécialiste des solutions énergétiques, Engie Biogaz et le fonds régional Oser, afin de créer un méthaniseur sur son territoire.

“Chauffer la piscine municipale grâce aux énergies renouvelables”

La société d’économie mixte (SEM) Liger, basée à Locminé en Bretagne, est l’un des pionniers dans ce domaine. Dès 2016, elle a créé sa propre unité de méthanisation. Depuis, elle transforme 60 000 tonnes de déchets en biogaz, en électricité et en chaleur. “L’idée de départ est venue du maire, il souhaitait chauffer la piscine municipale grâce aux énergies renouvelables”, précise Rozenn Massé, assistante de gestion de la SEM. Un pari réussi pour l’élu, soutenu par la communauté de communes et la Ville.

Grâce à la chaleur produite dans le méthaniseur de la commune, cette dernière peut également chauffer le collège, le lycée et la salle de sport communale. Puis la chaleur produite est vendue au groupe de légumes en conserve, Daucy, installé sur le territoire, ainsi qu’à sept habitations situées à proximité. La principale énergie produite, le biogaz, est directement injectée dans le réseau public, l’électricité est vendue à Enedis et la SEM a même créé une station-service de bioGNV pour permettre aux transporteurs et aux véhicules légers de rouler avec du biogaz.

Méthanisation : des déchets organiques, agroindustriels et des lisiers

L’unité de méthanisation est alimentée en déchets organiques, qui proviennent de la collectivité, des stations d’épuration, mais également des restes de la restauration collective. Les déchets agroindustriels des sociétés voisines telles que Daucy, Jean Floc’h, transformateur de viande de porc, ou Cité Marine, spécialiste des poissons cuisinés, rejoignent également le méthaniseur. Tout comme les lisiers ou les fumiers agricoles. Des intrants situés à 40 km au maximum du méthaniseur. “Leur variété est une force, assure Rozenn Massé. Cela permet d’avoir un pouvoir méthanogène plus important.”

Pour la SEM Liger, l’objectif était surtout de réduire les émissions de gaz à effet de serre. “En produisant du biométhane, nous avons de l’énergie renouvelable et locale et nous pouvons notamment réduire l’impact carbone des transports, explique l’assistante de gestion. Tous les déchets agroindustriels et ceux des collectivités sont valorisés localement et perpétuellement. Le déchet est transformé en énergie, puis cette énergie alimente les usines qui produisent des déchets, c’est un cycle permanent.”

L’unité de méthanisation permet donc de résoudre la problématique de valorisation des déchets organiques. Mais elle permet aussi de créer de l’emploi. Grâce à son méthaniseur, la commune de Locminé a notamment attiré une start-up, La Tournée Verte, qui propose un service de transport et de livraison de marchandises avec des véhicules roulant au gaz naturel. Un incubateur d’entreprises devrait également s’installer aux abords du méthaniseur et accueillir des entreprises qui travaillent sur des questions environnementales. “Cela dynamise énormément Locminé”, appuie Rozenn Massé.

Sur les 14 millions d’euros nécessaires à la mise en service du méthaniseur, la SEM Liger a bénéficié de 5,5 millions d’euros de subventions publiques de la part de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), du Fonds européen de développement régional (Feder), de l’Agence de l’eau, de la Région Bretagne, ainsi que du Département du Morbihan. “Nous estimons que l’unité de méthanisation sera rentable d’ici 7 à 8 ans, poursuit Rozenn Massé. En attendant, elle a déjà permis d’éviter d’émettre 6 000 tonnes de CO2.”

Si les collectivités s’intéressent de plus en plus aux unités de méthanisation, les entreprises sont également nombreuses à s’être lancées dans la production d’énergie verte. Avec des motivations diverses : valoriser les graisses, réduire les déchets ou diminuer l’empreinte carbone, afin de répondre aux réglementations actuelles et à venir. Et l’investissement peut s’avérer très intéressant.