En Suède, les entreprises à l’avant-scène de la transition énergétique

Svante Axelsson est formel. “Ce sont les villes et les entreprises qui mettent la pression sur l’Etat et non pas l’inverse, comme cela a été longtemps le cas”, assure le coordinateur national de “Fossil Free Sweden”. Cette initiative, qui rassemble près de 400 collectivités locales et compagnies privées du pays, promet, comme sa traduction française l’indique, “Une Suède sans fossile”. L’objectif s’inscrit dans le cadre du plan climat adopté en 2017 par le Parlement et qui fixe à 2045 la date à laquelle la Suède se doit d’avoir atteint la neutralité carbone.

Cette échéance, si elle est tenue, donnera à ce pays scandinave une petite longueur d’avance sur le reste de l’Union européenne qui, France comprise, vise 2050 pour réduire à zéro l’écart entre les gaz à effet de serre (GES) qu’elle rejette et ceux qu’elle aura réussi à ne plus émettre. Par exemple, en développant à marche forcée la part des énergies “décarbonées” dans la production d’électricité, comme le fait la Suède. Les combustibles fossiles (charbon, fuel, gaz) n’y interviennent plus aujourd’hui que pour 2%.

L’impératif de compétitivité commande la transition

“Nous visons 100 % d’énergie renouvelable en 2040”, rappelle Svante Axelsson. Cet objectif passe par un abandon de l’énergie nucléaire, ressource non renouvelable et qui intervient encore à hauteur de 40% dans le mixe énergétique du pays. Le représentant du gouvernement suédois est confiant. “L’énergie nucléaire coûte trop cher”, estime-t-il en insistant sur le fait que c’est l’impératif de compétitivité qui commande la transition énergétique.

C’est ainsi, selon lui, que le comprennent les entreprises suédoises issues de 9 branches essentielles d’activité du pays, de la sidérurgie à l’aviation en passant par les mines et la construction. Des secteurs qui, à eux tous, représentent 32 % des émissions de GES de la Suède et dont l’engagement volontaire à les réduire a été consigné dans une feuille de route élaborée filière par filière.

L’aviation en pointe

Dans celle des industries minières, l’objectif “zéro fossile” est fixé à 2035, en accélérant de façon massive la transition des machines vers les biocarburants et en forçant l’automatisation des activités. Les sociétés de construction et de génie civil ambitionnent, elles, de diviser par deux leurs émissions en 2030 et de leur faire atteindre le point zéro en 2045.

Dans le secteur de l’aviation, tous les appareils effectuant des vols domestiques devront être propulsés par des biocarburants en 2030. Et il devra en être de même pour tous les vols au départ de la Suède en 2045.

Stockholm mise sur les immenses forêts du pays et sur les déchets de l’industrie du secteur du bois (papier, meubles, etc.) pour satisfaire une demande de biocarburants qui ne fera que croître dans les prochaines années, tirant les prix vers le haut. Mais pas indéfiniment. La Suède a en effet décidé qu’en 2030, soit dix ans avant la France, plus aucune voiture neuve à motorisation thermique ne pourra être commercialisée sur son territoire, libérant d’importantes réserves de biocarburant pour l’aviation.

Source : Les Echos