Economie circulaire dans la ville : structurons un scénario négaMat’ !

Le 16 octobre dernier, GreenFlex organisait l’Imaginale “Économie circulaire dans la ville : structurons un scénario négaMat’ !” à l’Imago Resto. Animé par Nathalie Croisé, journaliste indépendante, l’événement réunissait Anita Ravlic, chargée de mission économie circulaire à la Mairie de Paris, Fabrice Bonnifet, directeur central développement durable & QSE de Bouygues SA, Nathalie Chazalette, architecte et directrice de programme R&D “La Passerelle Transition Écologique” à la Mairie de Paris, ainsi que Sébastien Delpont, directeur conseil associé chez GreenFlex.

Au-delà de la gestion des déchets : sobriété et réemploi

Sébastien Delpont ouvre le débat en invitant à dépasser la vision d’une économie circulaire cantonnée à la réduction des déchets de chantier. Il transpose le scénario négaWatt au bâtiment, pour proposer une approche en 3 étapes :

  1. Sobriété : puisque les matériaux les plus durables restent ceux qu’on n’utilise pas, il s’agit d’interroger l’utilisation de nos bâtiments en amont, les penser en fonction de leurs occupants, des besoins en termes d’espace et donc de matière, et travailler la multifonctionnalité pour limiter le nombre de “m2 par usager” à même qualité fonctionnelle ;
  2. Efficacité matière : pour utiliser moins de matière et maximiser son utilisation, il est primordial d’anticiper la possibilité de démonter, moduler et remplacer les matériaux dans le futur, par les choix techniques et de conception faits aujourd’hui ;
  3. Mix matière : le choix des bons matériaux vient en dernier et vise à combiner réemploi, recyclé, biosourcé… pour créer un mix aux meilleures propriétés écologiques.

Fabrice Bonnifet insiste sur le fait de privilégier le réemploi, et non la revalorisation, bien plus énergivore. Il témoigne aussi des évolutions en cours sur l’offre de Bouygues. Le premier axe sur lequel les projets se réorientent est la conception des bâtiments en fonction d’un utilisateur principal, et d’utilisateurs secondaires sur différents usages. Le second axe est la perception des bâtiments comme banques de matériaux : ils deviennent modulables, démontables, réutilisables, etc.

Agir à l’échelle de la ville

Si l’on envisage l’économie circulaire à l’échelle de la ville, il faut évidemment penser les boucles à travers des flux multiples : matériaux, mais aussi énergie, eau, agriculture, déchets… Anita Ravlic témoigne du rôle clé d’une ville comme Paris pour engager cette transition. Avec 8 millions de personnes à nourrir chaque jour – habitants, travailleurs, touristes, etc. –, la capitale travaille à améliorer son métabolisme urbain pour réduire la dépendance aux importations, aujourd’hui particulièrement forte. A cet égard, l’alimentation est une priorité, mais aussi la construction. En effet, Fabrice Bonnifet souligne que 11 millions de tonnes de déchets sortent de Paris, quand 12 millions de tonnes de matériaux y entrent. L’enjeu de faire davantage sur place est donc considérable.

Si la réutilisation ne coûte pas forcément moins cher, Nathalie Chazalette souligne son impact potentiel sur l’emploi, en valorisant des savoir-faire et en remettant en selle les métiers de personnes “aux doigts d’or” Anita Ravlic confirme cette inscription dans une dynamique d’économie sociale et solidaire pour la Ville de Paris et reconnaît le rôle de l’économie circulaire dans la création de lien social.

Des freins économiques et réglementaires à lever

A l’instar des démarches d’efficacité énergétique, qui ont mis une dizaine d’années à s’industrialiser, un changement d’échelle sera indispensable pour généraliser les petits projets et entrepreneurs précurseurs engagés aujourd’hui dans l’économie circulaire des bâtiments. Reste à savoir à quel rythme nous voulons accélérer ce changement. Cela suppose notamment que les marchés de commande publique et les maîtrises d’ouvrage l’intègrent de manière systématique pour générer une plus forte demande, mais aussi de mailler le territoire avec des lieux de dépôt, afin de stocker de façon temporaire ces matériaux de réemploi et ainsi faciliter l’adéquation offre / demande.

Les invités s’accordent enfin sur la nécessité d’améliorer le cadre législatif. Le statut de déchet peut par exemple s’avérer bloquant pour réutiliser les matériaux issus de projets de déconstruction. De façon générale, la réglementation doit évoluer pour promouvoir l’économie circulaire et la fiscalité doit rendre plus cher le fait de jeter ou d’utiliser des matériaux non biosourcés, non recyclés ou non issus de filières de réemploi. Si la taxe carbone devient très élevée, le bois finira par devenir moins onéreux que nos modes de construction habituels.

Des réflexions sur l’économie de la fonctionnalité permettront également d’explorer les possibilités de tiers financement de certains matériaux plus chers, mais plus durables, et à la durée de vie plus longue. Des modes de financement dédiés ont permis l’accélération de l’efficacité énergétique, ils pourraient aussi être des leviers pour favoriser l’efficacité matière.

 

Toutes ces réflexions doivent être menées collectivement, en réunissant des collectivités, associations, scientifiques, industriels et opérateurs urbains. Vous souhaitez construire ensemble un tel scénario négaMat’ ?

Bouton_contactez-nous