Décryptage : l’autoconsommation solaire, oui… mais forcément couplée à l’efficacité énergétique !

Par Quentin Froment, Manager Paris Pilote Energie, GreenFlex
& Cécilia Reilhan, Ingénieur d’études énergies renouvelables, GreenFlex

 

Le gouvernement présentait mardi 27 novembre les grandes lignes de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE). D’après ces annonces, la part des énergies renouvelables dans la consommation finale doit être portée à 32 % d’ici 2030 – contre 17 % aujourd’hui. La puissance installée du parc photovoltaïque serait notamment multipliée par cinq en dix ans – en passant de 8,4 GW en septembre 2018 à 40 GW en 2028. Si l’on peut saluer cette volonté d’accélération sur le solaire, rappelons qu’il ne suffira pas de poser des panneaux pour respecter les engagements de la France sur le climat et l’énergie.

Développer les énergies renouvelables est primordial pour lutter contre le changement climatique et réduire notre dépendance au nucléaire. Cependant, l’évolution du mix énergétique ne doit être qu’une des composantes de cette démarche de transition énergétique. Dans le scénario NégaWatt, le déploiement des énergies renouvelables est bien le dernier des trois piliers, les deux autres visant la priorisation des besoins (sobriété) et la réduction de la quantité d’énergie nécessaire pour un service donné (efficacité).

Si la sobriété concerne davantage l’évaluation générale des usages, une approche d’efficacité énergétique devrait être systématiquement associée aux projets d’autoconsommation solaire. Afin de dimensionner une installation de production pertinente au regard des besoins du site, il est indispensable de disposer en amont d’une vision globale des postes de consommation. Un travail préalable sur la réduction de ces derniers permet d’éviter un potentiel surdimensionnement de l’installation de production, afin de respecter la hiérarchie des actions NégaWatt. Grâce aux études d’opportunité et de faisabilité, qui font partie intégrante du projet, on pourra ensuite évaluer la pertinence de cette solution et bien calibrer son périmètre le cas échéant – nombre, type et disposition des panneaux, dimensionnement électrique, mode de valorisation économique, etc. Enfin, un pilotage global et outillé est particulièrement recommandé en phase d’exploitation pour garantir la performance de l’installation dans le temps, voire ajuster la consommation du site avec la production photovoltaïque en temps réel.

Demain, nous savons que notre consommation d’énergie sera de plus en plus flexible et décentralisée, afin de rapprocher l’offre et la demande à l’échelle des territoires. L’autoconsommation photovoltaïque fait ainsi partie des solutions qui séduisent de plus en plus de collectivités, entreprises tertiaires, industriels et particuliers. Et pour cause ! Aux conditions évoquées plus haut, l’autoconsommation photovoltaïque peut leur permettre d’anticiper les défis et exigences à venir, en réduisant leur facture énergétique, en sécurisant une partie de celle-ci sur le long-terme, mais aussi en reprenant la main sur une consommation d’énergie mieux corrélée à leur activité. Souvent, le fait de visualiser ses consommations permet effectivement une prise de conscience et entraîne un cercle vertueux de réduction.

Qui plus est, si l’on en croit l’évolution prévisionnelle du prix de l’électricité, les courbes de coût de revient de l’électricité photovoltaïque et de coût d’achat de l’électricité réseau se croiseront rapidement. Du fait de son profil de consommation en phase avec les courbes de production solaire, le secteur de la grande distribution est particulièrement bien placé pour en bénéficier – alors que les particuliers, par exemple, consomment en majorité le matin ou en fin de journée. On voit d’ailleurs déjà émerger des projets largement rentables chez ces acteurs. Bientôt le tour des industriels ?