Biotricity construit une centrale de cogénération à la biomasse agricole

Dans les Hautes-Pyrénées, la société irlandaise Biotricity construira l’an prochain la première centrale de cogénération (électricité et chaleur) française alimentée à la biomasse agricole et forestière. Elle sera installée à côté de la grande conserverie de foie gras et de canard (500 salariés) d’Euralis Gastronomie à Maubourguet, qui achètera une partie de la chaleur. L’entreprise co-investira avec la société d’investissement britannique John Laing 70 millions d’euros dans la centrale, qui produira 16 mégawatts (MW) d’électricité injectés dans le réseau et 31 MW de chaleur.

Après six ans d’études, le projet vient d’être retenu par la Commission de régulation de l’énergie. Biotricity bénéficiera d’un contrat d’achat de l’électricité pendant vingt ans à un tarif plancher de 120 euros le mégawattheure. La centrale sera construite par la société espagnole Acciona Industrial et ouvrira à la fin 2020. , indique Tony Kinsella, directeur général de Biotricity. Cette petite société ouvrira sa première centrale de cogénération en Irlande l’an prochain.

L’originalité du projet est l’utilisation de résidus de cultures comme les cannes de maïs et les pailles de blé. L’entreprise constituera une société d’approvisionnement avec les coopératives Euralis à Pau et Vivadour dans le Gers, qui seront majoritaires, pour récupérer de 80.000 à 96.000 tonnes de biomasse agricole par an dans les Hautes-Pyrénées, le Gers, les Pyrénées-Atlantiques et les Landes. Pour limiter l’impact sur l’agriculture, les résidus de culture ne seront prélevés qu’une fois tous les trois ans sur une même parcelle, car ils servent de compost ou d’alimentation animale. La centrale utilisera aussi 50.000 tonnes par an de copeaux de bois et de taillis des forêts pyrénéennes fournis par ONF Energie Bois.

Le fonctionnement de la cogénération sera économique. Grâce à la production d’électricité qui fournira les deux tiers du chiffre d’affaires de la centrale, la chaleur reviendra moins cher que le gaz naturel. Plus de la moitié de la chaleur sera vendue à l’usine d’Euralis Gastronomie et l’autre partie servira à sécher des copeaux de bois carburant et deux grands silos de maïs d’Euralis et de Vivadour. Le chiffre d’affaires prévisionnel de la centrale est de 19 millions d’euros, avec 7,5 millions d’euros par an d’achat de résidus de cultures (hors bois), ce qui apportera un complément de revenu aux agriculteurs.

 

LAURENT MARCAILLOU

Source : Les Echos