A Villeurbanne, Est Métropole Habitat conçoit un quartier solidaire grâce à Bruxelles

Un modèle alternatif de “ville inclusive”. C’est ce que propose le projet de l’Autre Soie dans le périmètre de rénovation urbaine du Carré de Soie à Villeurbanne, paradis des promoteurs immobiliers. Sur cette friche de l’ancien IUFM, le programme était lauréat le mois dernier de l’appel à projets européen Urban Innovative Action. A la clef : 5 millions d’euros de subventions pour tester de nouvelles solutions dans le domaine du logement. “Il n’y a eu que 20 lauréats pour 176 candidatures”, souligne le maire Jean-Paul Bret.

A terme, l’Autre Soie, porté par le bailleur social Est Métropole Habitat et le Centre Culturel Œcuménique de Villeurbanne, d’un budget de 75 millions d’euros, prévoit 14.000 m2  de logements mixtes (locatif social, colocatif, en accession à la propriété ou à destination des plus précaires). Le CCO, association autant sociale que culturelle inscrite dans le paysage villeurbannais depuis 1963, animera 3.000 m2  d’espaces culturels avec une salle de spectacle, et 5.000 m2  de locaux pour des entreprises relevant de l’économie sociale et solidaire. “Ce n’est pas tout d’avoir un toit pour se réinsérer”, souligne Michel Le Faou, vice-président à l’Urbanisme de la Métropole de Lyon, porteuse du projet à Bruxelles.

22 occupants durant les travaux

Mais cela prendra huit ans pour bâtir le vaste foncier boisé, dont 1,7 hectare sera aménagé en parc public. L’originalité du projet est justement d’occuper les lieux dès aujourd’hui, durant la période d’études préalables aux grands travaux. Et de déplacer les activités au fur à mesure.

La subvention européenne financera notamment l’installation dans un très court délai d’un hébergement d’urgence de 30 modules préfabriqués en bois pour 30 familles et un restaurant solidaire mobile géré par les personnes hébergées. Ainsi qu’un petit centre culturel ambulant. Cette architecture nomade sera plus tard déployée sur d’autres terrains métropolitains en attente de reconversion, “pour maximiser la capacité d’usage du foncier”, explique Michel le Faou.

Le rez-de-chaussée de l’immeuble historique, très bel ouvrage Art Déco qui accueillit l’Ecole Polytechnique durant la guerre (et parmi ses élèves, un certain Valéry Giscard d’Estaing), est déjà investi depuis le 20 octobre par 22 associations et entreprises de l’ESS. Toutes ces structures expérimentent temporairement les futurs usages de l’Autre Soie, en attendant les constructions neuves ou les rénovations définitives où elles sont amenées à trouver leur place.

Remède à l’entre-soi

Le bâtiment de l’IUFM, dont la réhabilitation est à moitié financée par l’argent de l’Europe, sera traité en priorité pour accueillir sous trois ans une résidence étudiante, 16 logements sociaux pour des familles monoparentales, 4 chambres d’hôtes à destination des usagers de l’Autre Soie, et un incubateur associatif et culturel de 1.000 m2  dans le magnifique hall sous verrière. Sa transformation vise à “préserver le patrimoine du quartier, modifier le regard sur le logement social par la qualité architecturale, et réduire l’empreinte énergétique d’un bâtiment ancien”, explique David Kimelfeld, président de la Métropole.

Le chantier sera un démonstrateur de bonnes pratiques : laboratoire de la valorisation des déchets de construction, recours massif aux salariés en insertion, occupation temporaire et programmation culturelle favorisant l’échange et la mixité entre riverains, habitants en situation précaire, visiteurs, et futurs usagers ou résidents. “L’Autre Soie, ce n’est pas l’anti-Carré de Soie, assure Cédric Van Styvendael, directeur général d’Est Métropole Habitat (maître d’ouvrage sur l’opération, en GIE). C’est le remède à l’entre-soi.”

Source : Les Echos