Transition environnementale : comment l’accélérer, la financer et la mettre en œuvre dans les entreprises ?

La nature nous rappelle que les modèles de l’économie, de l’entreprise, de la production et de la consommation, tels qu’ils sont appliqués depuis un siècle et demi, ne fonctionnent pas. Il est nécessaire d’aller plus vite dans les prises de conscience et, surtout, dans les solutions concrètes pour accompagner les changements.

Dans notre podcast Les Grands Témoins, Hélène Valade, directrice du développement durable du groupe Suez et Jérôme Auriac, Directeur associé chez GreenFlex proposent plusieurs pistes de réflexion pour favoriser la transition.

Vers un modèle d’économie circulaire

Pour parvenir à un nouveau modèle d’entreprise, Suez déploie l’économie circulaire. De la matière première “secondaire” est mise à disposition des clients industriels et collectivités locales : Suez fournit des métaux, du verre, du papier et du plastique pour qu’ils soient réintégrés dans des processus de production. De plus, à travers leur démarche “Waste to energy”, Suez produit du biogaz à partir de boues d’épuration ou à partir de déchets ménagers et organiques.

Ces initiatives démontrent qu’après avoir perçu la transition écologique comme une contrainte, les entreprises commencent à voir de réels bénéfices aux investissements réalisés. Cela leur permet de diminuer leurs coûts et dans le même temps, leurs externalités négatives. Et pour porter ce type de démarche, la gouvernance est un appui capital.

Les dirigeants de demain : leaders sur la transition environnementale

Le changement de culture du capitalisme et de la gestion d’entreprises doit s’appuyer sur des personnes qui représentent une intention quasi politique. D’après Jérôme Auriac, ce sont les dirigeantes et les dirigeants qui doivent endosser cette responsabilité. En effet, les acteurs économiques ont un pouvoir de recommandation et de prescription majeur. Ce pouvoir doit être utilisé au plus haut de sa capacité, car le temps est désormais compté.

Le développement durable : un enjeu business et sociétal

Si les grands patrons français sont très attendus sur leur leadership en termes de développement durable, la finance a également un grand rôle à jouer, note Hélène Valade. La finance propose aujourd’hui des innovations, telles que le fléchage des investissements vers le bas carbone ou des taux d’intérêts corrélés avec des critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance), pour répondre à l’urgence climatique. La rencontre entre monde de la finance et monde économique est un impératif pour proposer une nouvelle vision du business, mais aussi un autre modèle de société. En effet, aspirations sociales et aspirations environnementales ne doivent pas être opposées. Les entreprises doivent montrer qu’elles ont une utilité sociale élargie, qu’elles n’impactent pas l’environnement et qu’elles créent de la valeur sociale. Aussi, une prise de position comme celle de la société de gestion d’actifs BlackRock, qui reconnaît qu’une feuille de route environnementale est un facteur de compétitivité et d’accélération de la rentabilité, prouve que la finance peut avoir un impact à la fois économique et sociétal.

Pour des entreprises comme Suez, utiliser les outils de la finance pour mesurer les externalités négatives et leur donner un prix, est capital. La mise en place d’un prix du carbone au sein d’une organisation telle que le groupe Suez modifie la gestion des projets de recherches et d’investissements pour tendre vers le bas carbone, ce qui permet d’accroître sa compétitivité.

Anticiper l’acceptation sociétale de ses projets

Si les fonds d’investissements valorisent et récompensent les initiatives durables, certaines entreprises sont aussi sanctionnées, à l’image d’une entreprise minière en Inde, dont le projet a été rejeté par les populations locales. Les opérations de cette entreprise ont été jugées contraires aux normes et à la réglementation ; l’Autorité nationale d’appel pour les questions environnementales l’a donc empêchée d’exploiter la mine de bauxite, ce qui lui a fait perdre son investissement d’environ 50 millions de dollars. Cela a également eu un impact boursier : l’entreprise a décroché en bourse de 30% et plusieurs de ses principaux actionnaires sont sortis de son capital.

Cela prouve que la performance économique doit également passer par l’intégration de nouveaux types de parties prenantes et par la proposition d’un nouveau contrat social ou sociétal. En Chine, par exemple, souligne la directrice Développement Durable de Suez, la conscience politique se cristallise autour de la qualité de l’air, et donc des enjeux de santé. Tout porte donc à croire que l’opinion publique va être de plus en plus motrice dans l’ensemble de ces changements.

Ainsi, pour parvenir à réaliser la transition et convaincre les entreprises d’avancer, les leviers économique et de mobilisation interne et externe sont les plus importants à activer. Car les parties prenantes telles que le grand public et le corps social des entreprises sont en train de changer et de préparer la transition environnementale.