Référence GreenFlex | Interview avec Jean-François Daviau, Président de Sabella

Jean-François Daviau, Président de Sabella

« L’entreprise d’aujourd’hui doit intégrer la responsabilité sociétale. La société évolue. L’entreprise doit porter les valeurs du monde de demain. »

 

Pourquoi engager l’entreprise dans le développement durable ? Qu’est-ce qui a favorisé la mise en place de votre démarche RSE ?

C’est un projet d’entreprise. Notre business-modèle s’inscrit dans une démarche éco-citoyenne. La vocation de l’entreprise et notre politique Fuel Free Island (FFI) visent à décarboner le territoire et les îles.
En 2016, le fonds Ecotechnologies de BPI France Investissements d’avenir et Emertech nous ont incité à engager nos premières réflexions sur l’écoconception. On a découvert peu à peu la RSE et nous l’avons intégrée dans certaines pratiques. Peu à peu, nous avons étendu son application à tous les domaines. Désormais, l’éco-conception s’inscrit comme un leitmotiv.
Ainsi, là où les premiers modèles de nos hydroliennes recouvraient une surface plane de 20 mètres par 15 qui écrasait la flore locale, aujourd’hui nos nouveaux modèles s’ancrent autour de 3 pointes de diamant ; ce qui évite que la turbine repose directement sur le sol et donc toute détérioration du milieu marin. De même, nous sommes attentifs à limiter au maximum l’impact sonore et perturbateur potentiel que nos machines pourraient avoir sur les colonies de marsouins et de phoques en mer d’Iroise.
Nous employons par ailleurs de jeunes ingénieurs. Ils sont très motivés et mobilisés par ces thématiques. II est naturel de répondre aux attentes et à la valorisation des collaborateurs qui s’investissent dans ces projets de développement durable. Nous avons adopté des éco-gestes. On a planifié nombre d’actions comme le co-voiturage, l’incitation aux trajets en vélos, la limitation de l’envoi d’ emails…

Cela correspond-il par ailleurs à un engagement personnel ?

Oui, en quelque sorte. Je viens de l’industrie pétrolière, j’y ai consacré 25 ans de ma carrière. Quand je me suis installé en Bretagne, dans un contexte marin, j’ai eu cette vision du potentiel de l’énergie marine, et de la nécessité de développer une énergie propre. C’est comme cela que je me suis lancé dans l’aventure.

Comment avez-vous planifié la mise en place de votre démarche RSE ?

Avec l’appui de GreenFlex, nous avons développé un plan d’actions. Un ingénieur dédié porte le sujet, tout autant dans le suivi, l’animation que la mobilisation et l’information des salariés.

Quels sont les obstacles que vous avez rencontrés ?

En réalité, il n’y a pas véritablement d’obstacle. Ni de contrainte budgétaire importante, au contraire. Par ailleurs, vis-à-vis des donneurs d’ordre, des partenaires, c’est un bon argument marketing. Nous avons développé une plaquette RSE. Cet outil marketing est reconnu, valorisé et apprécié par nos clients. C’est un plus pour l’entreprise et sa commercialisation.

Quels sont les résultats ou les bénéfices que vous avez pu identifier ?

Très honnêtement c’est difficile à évaluer, car relativement complexe. Il faudrait le mesurer en matière de satisfaction des équipes et de motivation. C’est dans l’investissement du personnel que cela s’apprécie le plus, et le sentiment de bien-être au travail.

Quels conseils donneriez-vous à des entrepreneurs de PME qui souhaitent adopter la RSE ?

L’ensemble de la planète va dans le sens d’une prise de conscience des enjeux climatiques et de la nécessité d’agir à tous les niveaux pour lutter contre le réchauffement climatique. L’entreprise d’aujourd’hui doit intégrer la responsabilité sociétale. La société évolue. L’entreprise doit porter les valeurs du monde de demain. Les générations nouvelles sont très en demande. Que l’on soit une PME ou une grande entreprise, il faut poser de bonnes bases de réflexion. Créer une dynamique, avoir un plan d’action, le faire vivre, générer des acquis. Il faut le formaliser. Peu à peu, il devient une pratique automatique, naturelle. Comme les éco-gestes, il fait désormais partie des réflexes et des automatismes de tous. Nous avançons tous dans le même sens. Nos objectifs et nos pratiques sont alignés pour le bien de tous.

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L’entreprise Sabella, fondée en 2008, est située près de Quimper, en Bretagne. Ses 20 ingénieurs, conçoivent et développent des hydroliennes sous-marines qui ont vocation à produire de l’hydroélectricité non fossile et durable. Encore en phase de développement en Bretagne, elle réalise près d’un million d’euros de chiffre d’affaires. Elle se déploie essentiellement à Bénodet, Ouessant et Molène. A l’étranger, elle est en discussion avec des territoires potentiels aux Philippines et en Indonésie pour l’installation d’hydroliennes sous-marines.