Qui sauvera les océans : Aquaman ou l’ONU ?

 

Billet d’humeur par Philippe Droin,
Directeur conseil agriculture, pêche & alimentation durables, GreenFlex

 

 

Le dernier rapport du GIEC a rappelé l’urgence de protéger nos océans, écosystèmes indispensables à la vie sur Terre. Toutefois, la gouvernance de ces espaces manque aujourd’hui d’une vision globale pour un passage à l’action efficace.

Les océans : à préserver d’urgence

Fin septembre, Jason Momoa est intervenu à l’ONU, au sommet en faveur des petits Etats insulaires en développement. Dans le blockbuster Aquaman, l’acteur incarnait un personnage mi-homme mi-atlante, qui évitait un conflit dévastateur face aux humains détruisant la planète, et en particulier les océans. Devant la communauté internationale, il s’est exprimé au nom de l’île d’Hawaï où il est né, pressant les nations d’agir pour préserver l’environnement : “en tant qu’espèce humaine, nous avons besoin de la Terre pour survivre, mais ne vous y trompez pas, la Terre n’a pas besoin de nous”.

Du côté des scientifiques, le GIEC dévoilait quelques jours plus tôt son dernier rapport, concernant les océans et la cryosphère. Si le document peut paraître indigeste, l’alerte se résume à quelques faits simples :

  • Les eaux vont monter, notamment du fait de la fonte des glaciers (30 à 110 cm en fonction du niveau de réchauffement climatique), et les marées seront de plus en plus extrêmes ;
  • L’écosystème marin est en train de se modifier fondamentalement car les eaux se réchauffent, s’acidifient et leur taux en oxygène diminue.

Ajoutez à cela le 7ème continent et ses tonnes de plastiques à la dérive, ou encore la surexploitation des ressources halieutiques et minières, et l’on comprend effectivement que les mers et océans sont bien mal en point… et nous avec. Pourtant, leur préservation restera un vœu pieux tant qu’ils souffriront de l’absence de gouvernance globale actuelle.

Vers une gouvernance ambitieuse ?

Faisant suite à un appel international et notamment celui de l’Union Européenne, l’ONU a lancé en 2018 des discussions de haut niveau pour mieux encadrer la haute mer. Constituée des espaces marins situés au-delà des 200 miles (370 km) au large des côtes, celle-ci représente 64 % des océans et plus de 40 % de la surface du globe. Bien que qualifiées de “bien public mondial”, ces eaux internationales font l’objet de conventions internationales régionales et multilatérales éparses, un dispositif complexe manquant d’une vision d’ensemble et laissant certaines zones dans un total vide juridique.

Espérons que le projet de texte, qui doit aboutir d’ici le premier semestre 2020, parvienne à créer un cadre pour enrayer le déclin rapide de la biodiversité marine. Un appétit féroce est à réguler : celui des entreprises qui montrent un intérêt de plus en plus marqué pour les hauts fonds, riches en ressources minières et biologiques, particulièrement attrayantes pour les industries extractive, pharmaceutique, biotechnologique, cosmétique ou agro-alimentaire.

Tout le monde est concerné

L’intervention façon super héros frappe sans doute plus facilement les esprits que les discussions complexes et ralenties de l’ONU. Toutefois, l’incidence d’une organisation internationale pourrait être formidable, si les dispositions prises sont ambitieuses.

Réchauffement climatique, pollution plastique, préservation de la biodiversité, exploitation des ressources minières et biologiques, pollution du transport maritime, impact énergétique des navires, répartition de la valeur et conditions de travail… les enjeux que couvre la protection des océans dépassent largement le sujet de la surpêche, qui reste la partie visible de l’iceberg. Par conséquent, les acteurs concernés et donc à mobiliser sont au moins aussi nombreux. Pêcheurs, marins, armateurs, mareyeurs, négociants, importateurs, exportateurs, transformateurs de matières d’origine marine, distributeurs et poissonniers, industriels de tous bords, transporteurs maritimes, institutions publiques, scientifiques, ONG, citoyen-consommateur : tout le monde va devoir assumer sa part de l’effort collectif et considérer plus justement ces écosystèmes indispensables à notre survie… avant qu’ils ne se rappellent à nous comme des atlantes en colère !