Quand l’industrie agroalimentaire fait la chasse au gaspi

Les chiffres sont éloquents. Certaines solutions relevant souvent du bon sens peuvent permettre de réduire jusqu’à 15 % les pertes en ligne dans la production alimentaire. La démonstration vient d’en être faite par 19 entreprises agroalimentaires auditées par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). De quoi économiser 1,3 million d’euros et réduire leur empreinte carbone, l’autre enjeu de cette démarche, dévoilée il y a deux semaines.

Pour Soup’idéale, un des principaux fabricants de soupes fraîches en Europe, “les économies potentielles se situent entre 150.000 et 300.000 euros”, explique Philippe Ferellec, son directeur. Le principal gain résulte de la préparation des légumes, abrasés. Une méthode qui permet à la fois d’économiser sur l’outillage, à savoir les couteaux pour éplucher qu’il faut fréquemment changer, et la matière première.

Empreinte carbone réduite

Cette innovation a permis, à elle seule, de réduire de 154 tonnes par an un volume de matière gâchée estimé à 723 tonnes pour un coût estimé à 2,6 % du chiffre d’affaires (15 millions d’euros). “Nous n’allons pas réduire nos achats d’autant, mais nous produirons plus”, explique le dirigeant de Soup’idéale, une société basée près d’Arras.

Chez les pains Jacquet, les actions mises en place (réduction de la matière exclue du tranchage, valorisation en chapelure, déballage des produits mal conditionnés) ont fait chuter “les pertes et gaspillages” de 9 % en volume et de 8 % en valeur. A ces gains, chiffrés à 29.000 euros hors taxes par an, s’ajoute la diminution de 9 % des émissions de CO2 de l’entreprise.

graphique des pertes avant et après mise en oeuvre d'opérations de valorisation de production

Des audits coûteux

Mieux que l’unité de fabrication de saumon de Labeyrie (réduction de 3 %), dans les Landes, dont la principale performance réside dans une réduction de 22 % du gaspillage de matière, via notamment une mécanisation de la découpe et la valorisation de la pulpe de poisson. Gain estimé : 291.000 euros hors taxes par an. Tous ces chiffres ne peuvent être atteints sans un minimum d’investissement dans l’outil de production et une étude préalable pour voir où les améliorations sont possibles.

Un exercice tout sauf gratuit, qui pèse dans le bilan final. “Il y a un enjeu lié à la taille de l’entreprise. Entre 1 et 20 salariés, c’est difficile”, reconnaît Arnaud Leroy, le président de l’Ademe. Raison pour laquelle l’agence a assumé une partie des coûts d’audit, pour pousser une démarche qui ne doit pas rester l’apanage des grandes sociétés.

Source : Les Echos