La première cimenterie verte ouvre en France

Produire une tonne de ciment implique une cuisson à 1.400 degrés et l’émission d’une tonne de CO2. L’expression cimenterie verte peut donc sembler étrange. Mais la jeune pousse vendéenne Hoffmann Green Cement Technologies (HGCT) espère changer la donne. Elle a inauguré, jeudi 22 novembre à Bournezeau, en Vendée, la première cimenterie verte de France.

Sans cheminée, elle fonctionne avec une technologie différente des cimenteries classiques. Celle-ci ne fabrique pas le ciment par la traditionnelle cuisson longue à température élevée de l’argile et du calcaire, mais par une réaction chimique entre ces deux matériaux grâce à des activateurs. La seule montée en température est une cuisson flash (cinq secondes à 750 degrés) d’un composant argileux, le métakaolin, effectuée sur un autre site par Colas (groupe Bouygues) qui le fournit à HGCT. “Notre technologie divise les émissions de CO2 par quatre pour les ramener à 200 kilos par tonne de ciment”, souligne le président d’HGCT, Julien Blanchard.

Préfabriqué

Les 10 millions d’euros nécessaires à ce premier pilote de 50.000 tonnes sont cofinancés à 30 % par des fonds publics. “Le solde vient d’une levée de fonds privés effectuée en juillet auprès d’associés actionnaires, dont Cougnaud Construction, qui nous assurent l’indépendance et la construction d’un deuxième site de production de 300.000 à 500.000 tonnes en 2021″, précise le dirigeant.

Ce ciment bas carbone sera plus cher qu’un ciment classique. Mais le ciment n’est qu’un liant, qui agglomère le sable et les graviers pour former le béton. “Le ciment ne représente que 7 % du béton, donc oui, notre produit coûtera le double d’un ciment classique, mais cela n’aura qu’un impact limité sur le prix final du béton et nous assumons ce positionnement prix”, indique-t-il. L’usine livrera sa production à partir de janvier, essentiellement auprès de producteurs de béton prêt à l’emploi et d’éléments préfabriqués (dalles, bordures de trottoirs, escaliers, etc.).

Le premier chantier à tester le produit de HGCT est la rénovation par Eiffage des Ateliers Gaité, un complexe immobilier d’Unibail-Rodamco-Westfield à Paris Montparnasse. Eiffage l’y emploiera pour les murs de deux étages de bureaux ainsi que pour deux escaliers préfabriqués par LG Béton dans ce ciment bas carbone. L’enjeu est d’obtenir les avis techniques obligatoires. Si, comme nous l’espérons, ces escaliers sont homologués au premier semestre 2019, rien n’empêchera de proposer dès l’an prochain cette solution bas carbone à d’autres clients”, estime le directeur d’Eiffage Construction Grands Projets, Olivier Berthelot.

Pionnier australien

Cette première française s’inscrit dans un courant mondial. Pionnier, l’australien Wagner a utilisé son béton vert pour l’aéroport de Brisbane en 2014. Pour autant, “en Australie, il n’est pas devenu majoritaire et il n’a encore décollé nulle part en Europe. Mais rien ne s’y oppose : nous avons testé le Cemfree, un béton bas carbone produit depuis deux ans par le Britannique David Ball. Les résultats sont probants et il réduit de 80 % les émissions de CO2 pour un prix équivalent à un béton auto-plaçant”, commente Christian Cremona, directeur de la recherche sur les matériaux et structures chez Bouygues Construction.

Pour se développer, HGCT va bénéficier d’atouts. “En France, la future norme E + C -, qui mesure l’empreinte carbone des bâtiments, sera un formidable catalyseur pour mettre en oeuvre le ciment bas carbone”, observe Christian Cremona. Le Grand Paris Express, qui pose la question de la réutilisation des terres excavées pour ses 200 kilomètres de tunnels, ouvre une autre piste. “Contrairement au ciment classique, celui de HGCT permet de faire du béton avec ces déblais, nous l’avons testé, assure son président. Et le Grand Paris va durer dix ans.”

Source : Les Echos