La Déclaration universelle des droits de l’Homme : compatible avec notre modèle de consommation ?

 

Billet d’humeur par Marlène Morin-Lallemand, Directrice conseil associée

 

 

 

La Déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH) a fêté ses 70 ans en décembre dernier. Dans un pays riche comme la France, les principes qu’elle pose peuvent aujourd’hui sembler évidents. Pourtant, est-on bien sûr que notre modèle de consommation les respecte ?

Principes universels de droits humains : vraiment appliqués ?

Les Objectifs de Développement Durable (ODD), établis par les Nations Unies en 2015, prouvent bien que certains points de cette déclaration n’ont pas été atteints et doivent être remis sur le tapis via d’autres cadres ou conventions. Prenons le huitième axe des ODD. Celui-ci vise notamment un accès pour tous à un travail décent et veut exclure toute forme d’esclavage moderne, la traite d’êtres humains et le travail des enfants. On semble revenir sur l’article 4 de la DUDH, qui stipulait dès 1948 : « Nul ne sera tenu en esclavage, ni en servitude ; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes ». Le sujet n’est donc pas réglé.

A titre d’exemple, un rapport publié par l’ONG Human Rights Watch le 25 janvier dernier prouve à quel point l’industrie textile reste touchée par les violations du droit du travail. Une semaine avant, des milliers d’ouvriers faisaient grève pour exiger de meilleurs salaires au Bangladesh. Ce secteur souffre effectivement d’un fort manque de transparence sur ses chaînes d’approvisionnement. Les multiples collections par an et la recherche du bas prix au détriment de la qualité accentuent toujours les impacts humains et environnementaux qu’il engendre. Et c’est évidemment loin d’être la seule industrie où règnent la pression sur les prix et des conditions de production répréhensibles.

Droits universels et devoir de vigilance : repenser notre modèle de consommation 

Plus globalement, c’est l’adéquation de notre modèle de consommation avec ces droits universels qui pose question. Dix jours avant cet anniversaire, le Black Friday célébrait quant à lui les promotions en pagaille et la consommation sans borne. Mi-janvier, Amazon était accusé de détruire des milliers de produits neufs invendus. A-t-on encore les moyens d’entretenir un tel système ? Que ce soit d’un point de vue environnemental ou humain, le vrai coût des choses paraît nous échapper.

Pour y remédier, la responsabilité est conjointe entre consommateurs et entreprises. Chacun peut choisir de vivre dans une société plus juste et durable. Les uns grâce à leurs achats (ou non-achats), les autres en produisant autrement. Ensemble, ils doivent être capables de repenser les besoins et les modes de consommation, ainsi que de faire évoluer les pratiques vers des filières mieux maîtrisées et une répartition des richesses plus équitable. Le rapport annuel d’Oxfam, publié le 20 janvier, rappelle bien que notre modèle ne fait qu’accentuer les inégalités.

Côté textile, certaines initiatives ont déjà réussi le pari de raccourcir leurs chaînes d’approvisionnement ou de renforcer leur traçabilité. C’est le cas de la marque de jeans 1083, qui produit l’intégralité de ses articles en France, ou encore de la démarche Fashion Integrity des Galeries Lafayette, qui propose des collections 100 % tracées. Au reste des acteurs de les rejoindre pour multiplier ces actions et transformer au plus vite nos modèles de production et de consommation.