Environnement : la France face à une dette écologique colossale

La France paraît en bonne voie pour sortir de la procédure de déficit excessif à Bruxelles, mais on ne peut pas en dire autant de son « déficit écologique ». Celui-ci ne cesse de se creuser d’année en année. Si le reste de l’humanité avait le même niveau de consommation de ressources naturelles que l’Hexagone, le stock que la planète peut reconstituer en un an serait épuisé dès ce samedi 5 mai. explique Pascal Canfin, le directeur du WWF France, qui rend public ce vendredi un rapport coproduit par cette ONG et le Global Footprint Network, un think tank californien, sur cette autre dette française.

Son origine remonte à 1961, quand la France a commencé à prendre davantage à la nature que ce que celle-ci peut lui offrir. Un état de « déficit écologique » qui, depuis, s’est répété 32 fois, faisant inexorablement gonfler la « dette écologique » du pays, aujourd’hui la neuvième plus importante au monde. La plus colossale reste celle du Qatar. La pétromonarchie est en effet le premier pays à plonger dans le rouge, très exactement le 9 février cette année. Suivent les Etats-Unis, le Canada et l’Australie, déficitaires depuis le mois d’avril, selon le rapport de l’ONG.

Tous les pays européens et de l’OCDE accusent un déficit écologique supérieur à la moyenne mondiale” pointe Pascal Canfin. De fait, les terriens, tous pays confondus, prélèvent déjà 1,7 fois plus de ressources que ce que la nature peut refaire en douze mois. Cette année, ce stock de matières renouvelables sera épuisé courant août prochain, mois pendant lequel le « Jour du dépassement » devrait être atteint. Au-delà, tout ce qui sera prélevé dans l’environnement sera autant de moins laissé aux générations futures.

Ce jour du dépassement n’a pas toujours été le 5 mai pour la France. Jusqu’à il y a trois ans, cette date fatidique tombait plus tard. “Nous étions sur une logique d’amélioration. Ce n’est plus le cas” déplore Pascal Canfin, qui note une dégradation de l’empreinte carbone de la France depuis 2015, date de l’accord de Paris sur le climat.

L’ancien ministre du Développement de François Hollande voit plusieurs raisons à cela. Les émissions de CO2 du secteur du transport sont reparties à la hausse avec la baisse du cours du baril de pétrole ces dix dernières années. Celles du secteur de l’énergie ont également augmenté. La révision du parc nucléaire et la mise hors service passagère de centrales ont dû être compensées et il a fallu solliciter davantage les centrales thermiques qui tournent aux combustibles fossiles. En fait, seules les émissions imputables à l’agriculture ont été stabilisées.

Pour sortir la France du rouge, WWF France demande une véritable stratégie de désendettement. On y rappelle que Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique, dispose de quatre leviers pour l’amorcer d’ici à la rentrée : la programmation pluriannuelle de l’énergie, le plan biodiversité, le projet de mobilité et celui sur l’agriculture et l’alimentation.

 

JOEL COSSARDEAUX

Source : Les Echos