Comment la filière automobile recycle sans éco-organisme

Une filière de recyclage n’est pas forcément chapeautée par un éco-organisme. Si la feuille de route économie circulaire va l’imposer de facto à un certain nombre de produits jusqu’à présent non recyclés (et souvent non recyclables), le secteur automobile est l’exemple d’une filière qui recycle depuis des années les véhicules en fin de vie ou « VHU » en « auto-gestion », simplement animée par les constructeurs et leurs émanations, en s’appuyant sur 60 sites de broyage et 1.700 centres VHU agréés, où la réglementation impose aux propriétaires de déposer leur véhicule hors d’usage.

Avec quel résultat ? Selon les estimations de l’Ademe fin 2017, la France a dépassé en 2015 les 85 % de valorisation des VHU imposés par l’Europe et frôle (94,2 %) les 95 % imposés par Bruxelles en incluant la valorisation énergétique. Mais ce bilan ne concerne que la fin de vie. Les pièces usagées sortant des garages lors des réparations durant la vie du véhicule n’ont pas de dispositif systématique de collecte et de traitement. Depuis deux ans, les constructeurs ont pris des initiatives dans le domaine et « le, remarque Olivier Fort, fondateur de la plateforme Autoéco. . La profession voit mal en quoi un éco-organisme serait la réponse à cette situation.

Reste l’autre grand problème : le taux de recyclage officiel n’est calculé que sur les véhicules entrant en centre VHU agréé. Or », explique Olivier Gaudeau, directeur ingénierie chez Indra, le recycleur co-détenu par Renault et Suez. L’administration veut faire la guerre aux centres illégaux et épavistes, mais n’a pas eu les moyens humains nécessaires. Et impossible d’empêcher la sortie du territoire, puisqu’il n’existe pas de définition technique d’un véhicule « hors d’usage ». Pour accroître la collecte des centres VHU agréés, Jacques Vernier, auteur d’un rapport sur les filières REP remis en mars au gouvernement, a avancé l’idée d’instaurer un fond qui verserait une incitation financière aux propriétaires de véhicules hors d’usage, afin qu’ils ne les revendent pas à des épavistes ou des intermédiaires. Cette mesure pourrait changer la donne en matière d’économie circulaire dans l’automobile.

 

MYRIAM CHAUVOT

Source : Les Echos