Agir à l’échelle locale, maintenant, sans attendre les Etats

 

Billet d’humeur par Kathleen Boquet,
cheffe de projet énergie ressources & territoires.

 

 

Si la mobilisation des Etats est une absolue nécessité pour transformer les règles du jeu économique et relever le défi de la lutte contre le réchauffement climatique, pas question de les attendre pour agir : aux échelles locales, les territoires peuvent initier la naissance d’un nouveau monde, plus résilient et durable, maintenant.

Une mobilisation insuffisante et tardive des Etats

En 2015, les signataires de l’Accord de Paris s’engageaient à mettre tout en œuvre pour limiter les effets du réchauffement climatique à + 1,5°C d’ici la fin du siècle. Echec : 2018 a été une année record en ce qui concerne les émissions de CO2.

En décembre dernier, la COP25 n’a pas changé la donne. Pourtant, un rapport de l’ONU paru à la veille de cette grand-messe avertissait sur la décennie perdue depuis 2009 et le danger d’attendre encore pour passer à l’action. Plus on repousse, plus ce sera difficile : pour respecter le scénario 1,5°C, il faudrait désormais que les Etats réduisent les émissions de 7,6 % par an sur la période 2020-2030, soit une multiplication des contributions nationales par 5.

L’échelle locale, clé d’un changement cohérent et imminent ?

La mobilisation de chaque gouvernement et une action volontariste inter-Etats sont indispensables et urgentes pour transformer en profondeur l’organisation socio-économique mondiale, inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre, et se préparer aux effets désormais inévitables du dérèglement climatique. Cependant, alors que certains Etats tardent à agir efficacement, et encore plus à se coordonner entre eux, les collectivités locales peuvent avancer à court-terme, créer et encourager, sans attendre, de nouvelles pratiques et organisations à l’échelle de leurs territoires : relocalisation de pans de l’économie, réduction des déplacements et de l’utilisation de ressources vierges, développement des énergies locales, transformation de l’alimentation, recréation de solidarités locales…

Parce qu’il n’existe aucune recette miracle de la transition, le niveau territorial est le bon pour identifier les leviers d’action adaptés à chaque réalité terrain : contexte social, tissu économique, ressources disponibles, patrimoine culturel local, etc.

Construire des villes et territoires résilients passera aussi nécessairement par une réorganisation locale, en se concentrant sur les ressources disponibles localement en circuits courts (alimentation, énergie, matériaux, compétences, foncier, équipements…) et en renforçant les capacités locales à satisfaire les besoins des habitants, afin de réduire les transports et la dépendance aux importations.

Enfin, l’échelle locale est l’échelon démocratique le plus proche des citoyens, et donc le plus pertinent pour dialoguer et construire, avec eux, de nouveaux comportements quotidiens, ainsi que faire émerger des projets concrets.

Une myriade d’initiatives à coordonner, dupliquer et amplifier

Les collectivités peuvent utiliser leurs compétences administratives respectives, en développement économique, éducation, urbanisme, sur les déchets ou encore la politique de l’eau, afin de transformer les comportements et soutenir le développement d’offres et filières locales vertueuses. Au-delà de leurs compétences réglementaires, volontarisme et créativité peuvent faire des merveilles.

Les collectivités peuvent elles-mêmes initier et porter des projets. Par exemple, le SMICVAL Market du Libournais Haute-Gironde a transformé l’ancienne déchetterie en « supermarché inversé » : on y apporte des déchets qui seront réutilisés et on récupère d’autres objets ou matériaux de seconde vie, permettant de réduire de 30 % la production de déchets. Porté par la Communauté de Communes de la région d’Audruicq, l’Ecopôle alimentaire est un outil d’expérimentation et de formation pour les professionnels agricoles, visant à développer de nouvelles activités agrorurales et à appuyer les systèmes alimentaires locaux. Il a également permis de créer 45 emplois sur le site. Renforcer les critères de préservation de la biodiversité, de lutte contre l’étalement urbain ou d’économie circulaire dans les documents d’urbanisme est également un moyen de transformer le territoire.

Les collectivités peuvent aussi faciliter le développement d’initiatives portées par d’autres acteurs du territoire. Augmenter la part de bio dans les cantines scolaires, promouvoir le zéro déchet pour tous les évènements communaux ou encore renforcer les exigences environnementales dans les cahiers des charges des bâtiments publics sont des signaux positifs qui tirent vers le haut les filières durables locales. Pour soutenir les associations ou entrepreneurs vertueux, de nombreuses solutions existent également : créer des fonds de dotation, mettre à disposition du foncier, aider à se former, faciliter les rencontres ou même participer au capital de projets collectifs.

De multiples manières, un nouveau monde peut s’inventer à l’échelle locale, dès aujourd’hui.