0 déchet et 100 % recyclage, pas le même combat

Billet d’humeur par Kathleen Boquet,
cheffe de projet énergie ressources & territoires.

Le mouvement « zéro déchet » prend de l’ampleur, du côté des citoyens comme des entreprises. Ces dernières ont toutefois trop tendance à l’assimiler au recyclage, présenté comme une solution miracle. Veillons à ce que l’engouement ne retire pas au zéro déchet sa définition première, et par là même son horizon ambitieux.

Zéro déchet, vraiment ?

Mi-mai, un sondage réalisé par Yougov pour le HuffPost soulignait les efforts que les Français étaient prêts à faire pour tendre vers le zéro déchet. D’après l’enquête, 63 % d’entre eux font attention à l’emballage au moment d’acheter, tandis que 71 % aimeraient que la vente de produits en vrac se généralise. Les entreprises ont bien saisi ces attentes et s’emparent de plus en plus du zéro déchet pour nourrir leur stratégie développement durable ou se lancer dans « l’économie circulaire ». L’objectif est concret, fédérateur et pédagogique pour les collaborateurs comme les clients, mais le terme employé est-il le bon ?

Si l’on s’en tient à la sémantique officielle du Code de l’environnement, un déchet est un « produit que le détenteur destine à l’abandon », quel que soit le traitement effectué ensuite – réutilisation, recyclage, incinération ou enfouissement. Stricto sensu, une entreprise zéro déchet serait donc une entreprise qui ne met rien à la poubelle… Pas sûr que le compte y soit.

Pourquoi le 100 % recyclage ne suffira pas

Gobelets recyclables à la machine à café, tri des déchets dans les usines de fabrication, produits biodégradables mis sur le marché… Dans les faits, les démarches souvent initiées produisent peut-être moins de « déchets ultimes », mais des déchets quand même. Une approche zéro déchet qui élève ainsi le recyclage au statut de solution miracle passe à côté de son objectif, en oubliant que le meilleur déchet reste celui qui n’existe pas.

En effet, même si nous recyclions 100 % de nos biens, le recyclage ne suffirait pas à couvrir les besoins en ressources d’un modèle en perpétuelle croissance. Et c’est sans compter le fait qu’une bonne partie des matériaux ne peuvent être récupérés, en raison de leur usage dispersif par nature. Des métaux comme le dioxyde de titane, largement utilisé dans l’alimentation, les crèmes solaires ou les peintures, en font partie. Enfin, l’effort énergétique, industriel et économique des processus de recyclage est loin d’être neutre.

Repenser nos façons de produire et de consommer

Au niveau citoyen, le mouvement zéro déchet est la ceinture noire de la consommation sobre et responsable, marquant une volonté de réinventer son mode de vie pour se passer du superflu et revenir au bon sens. De la même manière, gérer nos ressources durablement à l’échelle globale implique de reconsidérer notre modèle de consommation et nos usages, afin d’interroger la production du déchet en lui-même, et plus seulement sa fin de vie.

Qu’ils soient recyclables ou non, pouvons-nous encore nous permettre de concevoir des objets à usage unique ou utilisés de manière effective seulement quelques minutes au cours de leur vie (le cas de notre perceuse) ? Bien au contraire, n’a-t-on pas envie de relever le défi de maximiser les taux d’utilisation des équipements et d’allonger leur durée de vie, en faisant de la robustesse un impératif et en favorisant l’intemporalité, l’entretien et la réparation ? La distribution ne devrait-elle pas revenir au vrac, aux contenants réutilisables et aux circuits courts ? Pourquoi ne pas façonner des modèles économiques et sociaux qui privilégient le partage à la possession individuelle, la qualité d’usage à la quantité, et le réemploi au jetable ? Ne nous privons pas de réinventer les règles !

Les transformations à imaginer sont légion et surtout porteuses d’innovation, d’économies, et de valeur positive pour l’environnement et la société.

Kathleen Boquet

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