Finance verte : un plan à 10 milliards d’euros pour la France

Faire travailler le public et le privé pour financer ensemble la transition énergétique. C’est la recommandation phare du rapport qui a été remis le vendredi 14 décembre à François de Rugy et Bruno Le Maire par Pascal Canfin, directeur général de l’organisation de protection de l’environnement WWF France, et Philippe Zaouati, directeur général de Mirova, une filiale de la banque Natixis, et président de Finance for Tomorrow, l’initiative parisienne en faveur de la finance verte.

« La France affiche un déficit d’investissement de 10 à 30 milliards d’euros par an au regard de ses objectifs climatiques, déclare aux « Echos » Pascal Canfin. Pour le combler, il manque un outil de garantie publique qui puisse favoriser les investissements privés. »  En substance, l’ancien ministre propose de créer un « plan Juncker vert à la française », qui couvrirait en partie ces besoins et utiliserait l’effet de levier pour financer des investissements.

Un milliard de fonds propres

Sur le papier, la recette paraît simple. Selon les deux auteurs, qui ont été mandatés l’été dernier par les ministres de la Transition énergétique et des Finances, il suffirait en effet de mobiliser 1 milliard d’euros pour permettre d’investir un total de 10 milliards avec des investisseurs privés. Ces fonds viendraient pour moitié (500 millions) du Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) ou de son successeur, « InvestEU ».

La seconde moitié de l’enveloppe (500 millions) serait issue du budget de l’Etat sur une durée de trois ans, soit 166 millions d’euros par an. Un montant certes raisonnable au regard du potentiel qu’il peut générer au final, mais qui risque d’éprouver la volonté du président de la République de traiter à la fois « fin du monde et fin de mois » sur fond de colère des « gilets jaunes ».

Mais ce ne sera pas forcément la moindre difficulté. Pour gérer ce fonds, les auteurs proposent la création d’une sorte de guichet unique réunissant une équipe sous le nom de « France Transition ». C’est là que commence la complexité : cette équipe n’aurait pas de structure légale et dépendrait de quatre acteurs, qui disposent déjà de leurs propres instruments (CDC, bpifrance, Ademe, Agence française de développement) et deux tutelles (ministère de la Transition énergétique et Bercy).

« France Transition »

Décidé à lutter contre le réchauffement climatique, l’Etat se dit prêt. « Personne n’y arrivera tout seul, ni les citoyens, ni l’Etat, ni les entreprises, ni les gestionnaires d’actifs, déclarait fin novembre Bruno Le Maire . Il faut que, tous ensemble, nous avancions dans la même direction et nous conjuguions nos efforts… Et je souhaite que la finance joue pleinement son jeu (son rôle) dans ce domaine. »

Comme la Banque européenne d’investissement (BEI), France Transition aurait vocation à développer des critères communs en matière de garantie publique. Les projets financés viseraient en priorité les technologies matures dont le déploiement apparaît encore risqué aux yeux d’investisseurs privés. Par exemple, les unités de méthanisation d’exploitations agricoles ou les bornes de recharge électriques.

Source : Les Echos