Produire en mode moins énergivore

Maîtriser les consommations énergétiques constitue un enjeu économique sans cesse plus sensible chez les agriculteurs. Ainsi les dépenses liées à l’énergie peuvent-elles atteindre jusqu’à 30 % de leurs charges variables. Du coup, de plus en plus d’agriculteurs cherchent à améliorer leur système d’exploitation. En témoigne Jacques Morineau, cogérant avec trois associés de La Ferme Ursule à Chantonnay (85),qui emploie quatre personnes. Sur 280 hectares, la ferme pratique l’élevage de vaches laitières et de volailles. Elle produit aussi des céréales et transforme des huiles alimentaires de colza et de tournesol.

Son credo : consommer le moins d’énergie possible. « Le pâturage des vaches est le premier pilier de notre système, explique-t-il. En agriculture conventionnelle et intensive, les bovins restent à l’étable et sont nourris à l’auge pour produire plus de lait en fatiguant moins les animaux. Pour notre part, nous préférons produire moins de lait afin de réduire nos dépenses globales. »

Un système vertueux

En effet, la vache au champ présente un double avantage : elle coupe, elle-même, l’herbe et fertilise le sol en même temps. Résultat, l’agriculteur utilise moins son tracteur, soit une appréciable économie de fioul. Pourtant, La Ferme Ursule en consomme 50.000 litres par an pour le tracteur et l’électricité. Des dépenses complétées par la production de bois de chauffage (100 tonnes par an), qui sont équivalentes à 30.000 litres de fioul et 120.000 kWh d’électricité photovoltaïque. En outre, Jacques Morineau méthanise le fumier de son élevage chez un voisin. « C’est tout le système que nous rénovons avec, par exemple le développement de l’agroforesterie sur l’exploitation. Nous avons planté 45 kilomètres de haie : les animaux sont à l’ombre et nous vendons du bois. »

C’est la même démarche qui a poussé Pierre-Henri Roland, gérant de La Ferme de Saint-Nicolas à Barbery (60), à s’équiper d’un méthaniseur : « La réduction d’énergie ne peut fonctionner que si l’on change totalement son système de culture. Pour alimenter le digesteur de façon autonome, nous avons modifié en profondeur nos méthodes de travail. » Ainsi, entre deux récoltes de céréales destinées à l’alimentation humaine et animale, Pierre-Henri Roland cultive des intercultures qui alimentent le méthaniseur. Le biogaz ainsi produit est réinjecté dans le réseau national de gaz. Quant au digestat restant, il est épandu sur ses 500 hectares de la ferme pour fertiliser le sol de manière naturelle, et économiser drastiquement sur les engrais chimiques. Ayant ainsi intégré les valeurs de l’agroécologie, l’exploitant ne laboure plus ses terres. Ce qui génère des économies de fioul. « C’est un système vertueux », résume Pierre-Henri Roland.

Suiveur solaire

A La Ferme de Lozon (50), Stéphane Lemazurier élève des volailles sur 3.600 mètres carrés ainsi que 60 vaches laitières. Déployant, par ailleurs, ses cultures céréales (blé, orge, colza, maïs, feverolle) sur 140 hectares, il s’est, lui aussi, équipé d’une unité de méthanisation et d’un suiveur solaire, à savoir un panneau photovoltaïque qui se tourne vers le soleil au cours de la journée comme un tournesol. « Je me suis installé en 1997. Je payais alors le gaz 300 euros la tonne. En 2011, le prix avait atteint 1.000 euros. J’ai alors cherché une autre source de chaleur pour le bâtiment des volailles. »

D’où la méthanisation , dont l’installation a coûté 900.000 euros. L’agriculteur estime à 30.000 euros l’économie annuelle de gaz depuis 2012. « J’ai complété en 2017 cette installation avec un dispositif photovoltaïque de 12 kW-crête, soit 80 mètres carrés, quand je me suis rendu compte que le coût de l’électricité augmentait de 4 % et 5 % par an. Depuis, j’économise 25 % par an sur ma facture. » L’installation du suiveur solaire , qui a coûté 36.000 euros, lui a permis de suivre sur un compteur dédié sa consommation journalière d’électricité. « Cela m’a fait ouvrir les yeux : j’ai découvert que les halogènes de l’étable à vaches étaient trop gourmands. Je suis repassé en LED. De même, nous avons remplacé les moteurs du système de raclage (nettoyage) des vaches laitières qui se révélaient trop énergivores. »

Source : Les Echos