Généraliser l’agriculture biologique en conservant sa cohérence et ses exigences

Par Virginie Bernois, Directrice Conseil, GreenFlex

 

 

 

Afin de répondre aux défis environnementaux et sociaux, ainsi qu’aux attentes des consommateurs, l’agriculture biologique doit étendre sa production, tout en préservant ses fondements, sa cohérence et son niveau d’exigence. Pour GreenFlex, ce déploiement à grande échelle dépend d’une démarche collective, incluant tous les acteurs de la chaîne de valeur.

 

L’agriculture biologique en réponse au danger des pesticides             

Il devient de plus en plus complexe de mettre en doute les effets sanitaires attribués à l’utilisation de pesticides. Troubles métaboliques, baisse du quotient intellectuel (QI), disparition des oiseaux, pollution de l’air et des cours d’eaula liste des effets sanitaires suspectés est longue et interroge la société civile. Les scandales sanitaires à répétition – chlordécone, DDT – viennent en plus rappeler que leur impact peut affecter les populations et les écosystèmes à très long terme.

Aujourd’hui, l’agriculture biologique apparaît comme l’un des seuls leviers réglementés et cohérents, permettant de s’affranchir des pesticides de synthèse et offrant de nombreuses externalités positives :

-Environnementales : elle permet une réduction des émissions de polluants dans l’air, les sols et l’eau, et participe à la préservation des oiseaux, mammifères, araignées et plantes ;
-Economiques : la production biologique génère, hors subventions, de meilleurs bénéfices que le conventionnel (entre 22 et 35 %)
-Sociales : elle est créatrice d’emplois, nécessitant 5 à 10 % de main-d’œuvre en plus.

 

Consommateurs et distributeurs : un plébiscite pour les produits bio

Les bienfaits de l’agriculture biologique sont indéniablement reconnus par les consommateurs. 82 % des Français font confiance aux produits bio et 91 % considèrent qu’ils permettent de préserver l’environnement.

De même, l’engouement des acteurs privés pour ce marché est incontestable et se traduit par une croissance à deux chiffres. Carrefour Bio, E. Leclerc Bio, Naturalia, Franprix Noé… les enseignes offrant des produits bio se multiplient et concurrencent les magasins spécialisés comme Biocoop. Engagés dans « la course zéro pesticide » menée par Greenpeace, les distributeurs revoient leurs ambitions à la hausse. Carrefour s’est fixé l’objectif de multiplier par trois son chiffre d’affaires dans le secteur d’ici quatre ans, et Leclerc a annoncé en février 2018 l’ouverture de 200 magasins bio en France.

 

Une production nationale à la traîne pour un modèle qui tend à se globaliser

À terme, tout laisse penser que la production biologique sera prédominante dans le paysage agricole français et européen. Dans cette optique, le scénario Afterres 2050, publié en 2016, prévoit « qu’une agriculture 50 % biologique pourrait nourrir 72 millions de Français en 2050, sans augmenter la quantité de terres arables, tout en divisant par deux les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d’énergie, celle d’eau l’été, et par trois les pesticides. »

Pourtant, la production nationale peine aujourd’hui à répondre à la demande : 31 % des produits bio au global et plus de 60 % des fruits vendus en France sont importés. La pression de certains groupes industriels et les enjeux sont importants. Les politiques publiques s’inscrivent donc dans cette dynamique, en finançant et promouvant le déploiement de l’agriculture biologique.

En juin dernier, le ministère de l’Agriculture présentait ainsi son plan gouvernemental « Ambition bio 2022 », afin de développer l’offre de produits biologiques et structurer les filières de l’amont à l’aval. D’ici 4 ans, il vise 15 % de surface agricole utile en bio et 20 % de produits bio dans la restauration collective.

 

Le risque d’une agriculture biologique à deux vitesses

Face à cette pression du marché et des prix, les exploitants doivent produire rapidement et en grande quantité. C’est d’autant plus vrai à l’heure où la grande distribution empiète toujours davantage sur ce marché. En conséquence, certains craignent l’émergence d’une agriculture biologique à deux vitesses : « la » bio et « le » bio, autrement dit une agriculture biologique fondée sur un projet global à dimension écologique et social d’un côté, et une agriculture industrielle se limitant à la dimension technique de l’autre.

Un vaste défi se dessine donc pour le modèle bio : généraliser la production à grande échelle, tout en conservant ses exigences, sa cohérence et sa pertinence. Quel modèle agricole et quel cahier des charges peuvent garantir un déploiement dans ces conditions ?

 

Renforcer la certification biologique et accompagner les producteurs

Bien que le label « Agriculture biologique » jouisse d’une bonne image auprès des consommateurs, il faut rester vigilant quant aux promesses du cahier des charges tel qu’écrit aujourd’hui, en particulier si le bio devient prédominant sur les étals.

De ce fait, certains proposent de renforcer le cahier des charges français pour dépasser le label européen en termes d’exigences, et répondre à l’ensemble des attentes consommateurs. A ce titre, le rapport du CESE, publié en juin 2018, prône un label biologique national, intégrant plus de critères sociaux, économiques et environnementaux. Le rapport recommande notamment une certification « agriculture biologique locale et équitable », contenant « des critères de proximité entre les lieux de production, transformation, commercialisation, l’analyse du cycle de vie, la haute valeur environnementale ou encore la RSE. » Ce label pourrait également anticiper des enjeux plus globaux et inclure davantage le bien-être animal ou les qualités nutritives des produits.

D’autres préconisent d’intensifier l’accompagnement économique, technique et commercial des exploitants pour les former aux méthodes biologiques. Une contractualisation à long-terme des filières permettrait aussi de les aider à maîtriser leur budget et conserver leur valeur ajoutée, face à une structuration de filière longue et complexe.

 

Vers un déploiement collectif de l’agriculture biologique

Enfin, certains soulignent la responsabilité collective des acteurs pour s’affranchir de la « bulle marketing bio ». Ils recommandent d’adopter une approche systémique basée sur les connaissances agronomiques des territoires et des écosystèmes. Celle-ci permettra d’accompagner la structuration de filières agricoles biologiques cohérentes, intégrées localement et dans le temps long. En parallèle, ils rappellent que la communication et la sensibilisation auprès des consommateurs sont fondamentales pour justifier la pertinence et le prix des produits certifiés. Par leurs décisions d’achats, ceux-ci participent ainsi à la transition du modèle agricole.

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Chez Greenflex, nous sommes convaincus que l’agriculture biologique est l’un des leviers majeurs pour répondre aux enjeux environnementaux, sociaux et économiques de l’agriculture. Complémentaire de l’agroécologie, son déploiement à grande échelle nécessite un travail collectif entre tous les acteurs pour faire évoluer les pratiques et les cahiers des charges, organiser les filières et valoriser les produits auprès du consommateur.