Foodtech : l’information nutritionnelle se digitalise, quelle confiance lui accorder ?

Les consommateurs témoignent d’une défiance croissante vis-à-vis des aliments qu’ils consomment. D’après le dernier baromètre GreenFlex sur les Français et la consommation responsable, seuls 23 % des Français estiment que les entreprises leur donnent assez d’informations sur les conditions de fabrication des produits. Leurs exigences de transparence grandissent toujours plus. Les applications qui scannent les produits fleurissent. 15 % des Français les utiliseraient lors de leurs courses, mais sont-elles une réponse magique à toutes leurs inquiétudes ?

La dernière Imaginale GreenFlex de l’année s’intéressait à la pertinence de cette information nutritionnelle digitalisée. Animé par Nathalie Croisé, journaliste indépendante et spécialiste du développement durable au restaurant IMAGO, l’événement a réuni Stéphane Gigandet, fondateur d’Open Food Facts, Cécile Rauzy, directrice des affaires scientifiques et réglementaires chez Nestlé, et présidente du groupe de travail information consommateur de l’Ania, ainsi que Philippe Droin, directeur conseil, agriculture, pêche et alimentation durables chez GreenFlex.

Un accès facilité à l’information nutritionnelle

La multiplication  des applications sur l’alimentation a eu le mérite de faciliter la lecture des tableaux nutritionnels et des nombreuses mentions sur les étiquettes. Leurs systèmes de notation proposent par exemple aux utilisateurs des indicateurs simples pour comparer différents produits d’une même catégorie. Par la même occasion, elles poussent les industriels et distributeurs à être plus transparents, voire à faire évoluer la composition de leurs produits.

Cela va dans le même sens que les démarches de santé publique, qui visent à lutter contre l’obésité et la malnutrition. Les indications affichées directement sur l’emballage des produits, tels que le Nutriscore, peuvent d’ailleurs venir compléter l’information digitalisée, pour ceux qui n’utilisent pas les applications.

Des risques de surinterprétation ou de simplification

Faciliter l’accès à l’information nutritionnelle ne doit pas rimer avec perte de rigueur. Les données factuelles, très souvent fournies par les industriels et distributeurs, sont soumises à différentes méthodologies pour devenir des indicateurs simples, avec une marge de manœuvre non négligeable dans l’interprétation. Cependant, des sources fiables et un raisonnement scientifique exigeant se doivent d’appuyer le danger attribué à tel ou tel composant.

Les applications peuvent également être décriées pour leur tendance à trop simplifier l’information, alors que les aspects nutritionnels méritent justement d’être considérés avec une vue d’ensemble. Elles peuvent effectivement nous aider à privilégier telle boîte de haricots par rapport à une autre, mais ne sont pas forcément capables aujourd’hui d’accompagner le consommateur vers une meilleure alimentation au global. Un paquet de biscuits ou une plaquette de beurre risquent d’être systématiquement mal notés au regard des indicateurs actuels. Pour autant, souhaite-t-on les exclure strictement de notre panier de courses ? Et comment ménager la dimension plaisir ? Au-delà des outils digitaux, l’enjeu est d’éduquer de manière plus large sur ces sujets, afin de fournir un socle de connaissances de base, qui permettent à chacun d’évaluer la pertinence des informations récoltées, qu’elles figurent sur les emballages, proviennent des applications ou d’ailleurs.

Pour travailler à une plus grande transparence, tout en évitant la surinterprétation comme la simplification excessive, le meilleur moyen est que tous les acteurs travaillent de concert (industriels, distributeurs, associations, acteurs publics, développeurs d’applications, etc.).

Demain, un indicateur de durabilité globale ?

La plupart des indicateurs s’adressent à l’enjeu nutritionnel (taux de sucre, quantité de matières grasses, etc.) ou d’autres problématiques de santé (utilisation de substances polémiques, ou présence de perturbateurs endocriniens, etc.). Toutefois, l’information se fait encore rare concernant l’origine des matières premières, les pratiques agricoles employées en amont, l’impact environnemental de la transformation, ou encore la rémunération des différents intermédiaires. En élargissant leur périmètre, les applications ne peuvent-elles pas nous permettre de progresser vers plus de transparence et de pédagogie sur ces sujets complexes ? A quand un indicateur de durabilité globale ?