Crédits carbone agricoles : une double opportunité pour les entreprises et collectivités

 

Virginie Bernois
Directrice Conseil, GreenFlex 

 

 

Les crédits carbone agricoles permettront de concrétiser l’engagement des entreprises et collectivités dans le cadre de leurs stratégies neutralité carbone, tout en contribuant à la transition nécessaire de notre agriculture.

Agriculture et stockage du carbone

En octobre 2018, le GIEC présentait un rapport spécial sur les conséquences d’un réchauffement climatique de 1,5°C. Pour les éviter au maximum, nous savons qu’il faut, au plus vite, à la fois réduire drastiquement nos émissions de CO2, et trouver une manière de capter le carbone restant.

Le stockage via les forêts, qui reste notre principal puits de carbone avec les océans, risque d’atteindre ses limites, notamment sous l’effet des sécheresses à répétition. En revanche, alors qu’elle est aujourd’hui encore émettrice nette de CO2, l’agriculture représente un puits potentiel considérable, pour peu qu’on fasse évoluer certaines pratiques. D’après l’initiative 4 pour 1 000, une croissance annuelle de 0,4 % des stocks de carbone dans les premiers 30 à 40 cm de terre parviendrait même à stopper l’augmentation de la quantité de CO2 dans l’atmosphère. Outre ce rôle de captation, la présence de carbone est signe d’un sol en bonne santé, riche en matières organiques et capable d’apporter les nutriments nécessaires aux cultures.

Une double opportunité

Entreprises et collectivités ont un rôle crucial à jouer pour accélérer ce rôle des terres agricoles, et les crédits carbone constituent un outil pour le faire. Au printemps dernier, le gouvernement français a lancé le Label bas carbone, afin de mettre en place les méthodologies permettant de récompenser via l’obtention de ces crédits des projets locaux de qualité en faveur du climat. Pour l’instant doté de quatre méthodologies (trois sur la forêt et une sur l’élevage), le label a pour ambition d’en développer d’autres pour couvrir plus largement le secteur agricole. Ainsi, nombre d’exploitations pourraient bénéficier de cette certification, dès lors que la méthodologie existe et que le changement de pratiques nécessite un soutien financier (principe d’additionnalité). Les crédits carbone obtenus peuvent ensuite être vendus de gré à gré à des acheteurs finaux, générant un revenu complémentaire pour l’amont agricole.

Pour les entreprises et collectivités, cela peut participer à concrétiser les stratégies neutralité carbone dans lesquelles se lancent nombre d’entre elles. Dans le même temps, elles contribueront à la nécessaire transition de notre agriculture, grâce à l’introduction de pratiques plus durables, la formation des agriculteurs, la diversification de leur métier, la revitalisation des sols, etc.

Encourager cette dynamique est un enjeu particulièrement fort du côté des acteurs agroalimentaires. Répondre aux attentes croissantes de la société civile sur les problématiques environnementales et climatiques profitera bien sûr à leur image, mais ils tireront aussi différents bénéfices collatéraux de ces projets : dynamiques recréées sur les territoires, pérennité du tissu économique, biodiversité restaurée, etc. Rappelons surtout que la sécurité de leur approvisionnement en dépend. Il est urgent d’accompagner la transformation du monde agricole, confronté à un métier en crise et l’appauvrissement des sols.

Accompagner une évolution généralisée des pratiques agricoles pour plus d’impact

Pour assurer le succès de cette transition, il est indispensable d’accompagner les agriculteurs dans le changement de leurs pratiques et de faire plus d’agronomie : cultiver sans labour, planter des couverts intermédiaires, replanter des haies et des arbres sur les champs, etc. En attente de revalorisation de leur métier face à un agribashing toujours plus violent, les agriculteurs trouveront là une occasion de s’engager dans le mouvement d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement et des Hommes, et la possibilité d’une rémunération plus juste. L’évolution profonde des pratiques qu’exige le stockage du carbone pourrait alors être une première porte vers la création de filières plus durables au global.

Quelles sont les conditions de réussite d’une telle transition ? Comment articuler ces partenariats entre agriculteurs et acteurs économiques ? Comment les crédits carbone peuvent-ils s’inscrire plus largement dans les stratégies neutralité carbone des entreprises et collectivités ? Quels sont les freins et opportunités sur le terrain ?

Rejoignez-nous pour échanger sur toutes ces questions le 3 décembre prochain à partir de 8h30 au restaurant IMAGO. Pour nourrir le débat, GreenFlex réunira Anne Trombini (directrice de Pour Une Agriculture du Vivant), Etienne Jobard (suppléant de Yolaine de Courson, députée de Côte d’Or), Claudine Foucherot (I4CE) et Virginie Bernois (directrice conseil associée chez GreenFlex).