Anne-Charlotte Gripoix

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Alors que l’hydraulique prend de la vitesse sur l’ensemble du Pérou, les sites isolés, misent sur l’éolien et le solaire pour fournir du courant à leurs habitants privés d’électricité.

La situation énergétique du Pérou est exceptionnelle en terme de bilan carbone. En 2014, la consommation du pays est de 46 TWh dont 49% provenant de l’hydraulique (IEA). Le pays produit 48 TWh en 2015. Il est donc en surcapacité et vend une partie de son énergie aux pays limitrophes.

Et pourtant… 60% des zones rurales péruviennes ne sont pas encore raccordées au réseau. Cela équivaut à 6 millions de personnes. Il s’agit du taux d’électrification le plus faible d’Amérique latine. Pour les sites non raccordés, à la difficulté d’accès s’ajoute une facture d’électricité aussi élevée que celle des zones raccordées (environ 40€/mois en moyenne), malgré une consommation par habitant bien plus faible. Une conséquence qui ne vient pas aider les ménages ayant un revenu en moyenne divisé par deux par rapport aux zones urbaines. Les coûts liés à l’énergie pour les péruviens ruraux représentent en moyenne 10% de leurs dépenses mensuelles. Ainsi, avec moins d’argent et consommant moins ces habitants paient plus cher par mois !

Les habitants de Playa Blanca, n’échappent pas à cette règle. Situé au Nord du Pérou, ce village est enclavé entre la mer et les montagnes avec des vents en moyenne à 7m/s. Sa situation géographique l’isole du réseau péruvien pourtant en surcapacité hydroélectrique. Les principales sources de revenu y sont la pêche et le marché local. Le coût de production de l’énergie y est très élevé (3.5 €/kWh soit 12.7 soles), deux fois plus que pour les logements raccordés. Comme 1/5 des logements isolés au Pérou, les habitants de Playa Blanca utilisaient, il y a encore quelques années, des batteries de voiture et des piles pour faire fonctionner la radio et la télévision et des bougies pour l’éclairage. Sur la 50aine de maison, en moyenne, chaque maison utilisait deux bougies par jour soit 23 $ par mois (275 $ par an).

Ce village a pourtant trouvé la solution à sa précarité énergétique, en effet le village de Playa Blanca possède aujourd’hui 18 éoliennes qui alimentent une bonne partie des habitations et notamment les lieux de la collectivité. Mais d’où viennent les financements et le savoir-faire ? Tous les mois, des ingénieurs bénévoles de différentes nationalités, viennent fabriquer des éoliennes et les raccorder aux maisons. Ce système de financement basé sur l’économie collaborative permet de financer le coût de l’éolienne et en contre parti assouvi la curiosité technique des bénévoles qui viennent réviser leur base en métallurgie, matériaux composites et électronique de puissance. Tourisme, éducation et écologie font alors bon ménage.

Bien qu’étant au second plan, l’aspect écologique reste une conséquence pour ces villages ruraux, pour qui la préoccupation est avant tout d’obtenir l’électricité à faible coût. La transition énergétique des pays en voie de développement est ainsi financée par les pays développés. Ce petit village aura donc la chance de ne pas passer pas par la case “énergie fossile” !

Et sinon, vous faites quoi pour vos prochaines vacances ?