Thibault Dudouit

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(article publié initialement le 16 novembre 2016)

Indépendance énergétique et politique économique de relance en faveur des énergies fossiles, climato-scepticisme (oui il en existe encore, pauvre Al-Gore) et annulation de l’accord de Paris (COP 21), voici un court résumé des conséquences potentielles pour l’énergie et l’environnement de l’élection de Donald Trump.

Vers un maintien du prix du pétrole en dessous de 50$/baril

   « Make America Great Again », conséquence de la volonté affichée de Trump de garantir l’indépendance énergétique des Etats-Unis, la production pétrolière via l’offre de pétrole de schiste devrait doubler pour atteindre l’indépendance (production actuelle : 9-10 millions de barils par jour contre une consommation d’environ 19 millions !). A l’échelle américaine, la relance de l’emploi et de l’économie par des grands projets d’infrastructure de type Keystone XL ou du Dakota Acces Pipeline (que Trump souhaite relancer) permettrait de justifier l’hypothèse d’une hausse de la demande et donc des prix du Brent. Seulement, à court terme et pour un prix 2016 autour de 30-50$/baril, l’exploitation du pétrole de schiste présente un déficit de rentabilité qui n’est pas soutenable. Le marché pétrolier étant mondial, la fin de l’embargo Iranien ajoute de l’offre sur le marché. Malgré l’accord préliminaire de l’OPEP en septembre 2016 pour contenir l’offre pétrolière, la position américaine amènerait de nouveau le marché à une situation de surproduction. Si la croissance mondiale faible perdure, l’offre surabondante de pétrole tirera les prix vers le bas et risque de menacer à moyen terme l’industrie du pétrole de schiste.

Exploitation des forages en Alaska, pas à court terme

   Trump promet de lever l’interdiction de l’exploration en Alaska, instaurée par Obama. Pour que les forages en Alaska soient rentables, il faut un prix du baril élevé. Shell ou plus récemment (octobre 2016) la compagnie pétrolière Caelus Energy, ont notamment découverts d’importantes réserves d’or noir qui pourraient fournir plusieurs dizaines de milliards de barils.  A moyen terme, avec la volatilité actuelle des prix et une politique de surproduction pétrolière, ces investissements ne sont pas envisageables. En ce sens, Ann Pickard, la responsable du programme Arctique chez Shell soulignait en 2015 que ‘le pétrole de la mer des Tchouktches ne pouvait être concurrentiel à moins de 70 dollars le baril.’ On croise les doigts donc (Thanks God) pour que l’on ne voit pas sous la présidence Trump des forages en Alaska.

Le retour du charbon semble difficile

   Peut-on imaginer un retour en grâce du charbon dans le mix énergétique américain ? Abroger (et non annuler) l’accord de Paris sur le climat (COP 21) et modifier la réglementation (Clean Air Act) sur les émissions des centrales à charbon ? Même si c’est désespérant, Trump pourrait le faire. Néanmoins, les technologies de fracking du gaz de schiste aux Etats-Unis, et la baisse des coûts des énergies renouvelables ont majoritairement concurrencé la production d’électricité à partir du charbon. Bon nombre de centrales à charbon ont ainsi déjà été « rétrofitées » au gaz. Un retour en arrière semble donc difficile, mais la vitesse de la transition du charbon vers le gaz peut néanmoins être ralentie le temps des 4 années d’une présidence.

GoodFuture by GreenFlex  - Éclairage sur les conséquences énergétiques de l’élection de Trump

Figure 1: Coûts gaz-charbon (à gauche) et mix (à droite) de la production d’électricité aux Etats-Unis (EIA, 2015)

Une menace pour l’atteinte des objectifs nationaux  de réduction des émissions de GES

  Une annulation des engagements américains sur l’accord de Paris lors de la COP 21 prendrait au moins 3 ans de procédures selon les spécialistes du droit international. Cependant, en l’absence de sanctions imposées aux Etats, l’atteinte des objectifs américains de réduction de 26% à 28% des émissions en 2025 pour les Etats-Unis pourrait être menacée. En particulier, un ralentissement du « switch » charbon- gaz dans la production d’électricité, qui constitue le premier moteur de réduction des gaz à effet de serre américains, pourrait être particulièrement néfaste. Dans l’accord de Paris, 1/3 des contributions des Etats (INDC*) portent sur des mesures liées à l’efficacité énergétique. (IEA,2015). Au niveau international comme aux Etats-Unis, un signal de prix bas du pétrole et un prix de l’électricité qui y est bien souvent encore corrélé, c’est une menace directe pour les politiques d’efficacité énergétique et l’atteinte des objectifs nationaux.

  Plus néfaste encore, c’est l’image globale que renvoie l’élection d’un président climato-sceptique pour  lutter contre le réchauffement climatique.  La dynamique globale de mise en œuvre des plans d’actions nationaux risque d’être de nouveau freinée par le 2ème plus gros pollueur de la planète.

* INDC (Intended Nationally Determined Contributions) : Contributions écrites des Etats pour atteindre les objectifs nationaux de réduction des émissions de GES lors de l’accord de Paris (COP 21).