La blockchain s’invite aujourd’hui dans le secteur de l’énergie. Si de nombreuses boucles énergétiques locales ont vu le jour sous forme expérimentale sur notre territoire, depuis 2012, garantir leur déploiement à grande échelle et leur bon fonctionnement n’est pas chose facile. L’utilisation de la blockchain semble être la solution de décentralisation que recherchent les boucles énergétiques locales.

La blockchain - technologie de stockage et de transmission d'informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle - révolutionne de nombreux secteurs de l'économie. Aujourd'hui, elle s'invite dans le secteur de l'énergie. Si de nombreuses boucles énergétiques locales* ont vu le jour sous forme expérimentale sur notre territoire, depuis 2012, garantir leur déploiement à grande échelle et leur bon fonctionnement n'est pas chose facile. L'utilisation de la blockchain semble être la solution de décentralisation que recherchent les boucles énergétiques locales.

Devenues populaires depuis la loi du 24 février 2017 sur l'autoconsommation collective, les boucles énergétiques locales partagent et échangent de l'énergie entre de multiples acteurs. Fournisseurs, distributeurs, entreprises, bailleurs, collectivités et particuliers s'organisent en une communauté d'intérêts pour partager l'énergie produite. Ils ajustent ainsi leur consommation en temps réel, évitant surproduction comme surconsommation. Une formidable économie énergétique circulaire. Avec ce système, les foyers concernés peuvent économiser une centaine d'euros par an sur leur facture d'énergie .

Mais ces boucles énergétiques locales sont des projets complexes. C'est là que la blockchain entre en scène. Cette dernière apporte de nombreux avantages : historique, clarté, transparence, "smart contracts", ainsi que souplesse, rentabilité et sécurité du réseau. Une véritable plus-value pour toutes les parties prenantes impliquées.

Traçabilité, transparence et rentabilité

L'un des éléments les plus importants est l'inaliénabilité. C'est-à-dire, faire en sorte qu'une fois la transaction effectuée, sa traçabilité et son historique puissent être suivis et non modifiés. La blockchain apporte de la transparence sur les acheteurs de l'énergie (qui a acheté, quelle quantité et quand ?). Une transparence d'autant plus importante que les consommateurs veulent savoir d'où vient leur énergie. Elle transforme la boucle locale en place de marché, avec des échanges et partages interconnectés. La gestion des transactions est simplifiée. C'est une problématique essentielle pour les boucles énergétiques locales, et les smart grids** en général.

Autre élément avantageux de la blockchain : la rentabilité. Décentraliser les acteurs et supprimer l'intermédiation favorise non seulement l'agilité, mais surtout la rentabilité de tout projet. Ce point est fondamental dans le modèle de circuit court rendu possible par la blockchain.

Une "co-responsabilité" contractualisée

L'aspect contractuel est le deuxième élément essentiel. Avec la blockchain, la responsabilité est copartagée. Un contrat est créé, et positionne chaque acteur responsable juridiquement. Ainsi, la blockchain instaure un contrat collectif et évolutif, car extrêmement dynamique.

En transformant le contrat en programme informatique codé, il s'adapte en permanence aux évolutions telles que : nouveau participant, ajout d'outil de production d'énergie... Plus besoin de réunir toutes les parties prenantes pour re-signer un contrat à chaque nouvel entrant. L'ensemble de la communauté peut suivre en temps réel les changements : évolution du prix de l'électricité, difficulté ou facilité d'approvisionnement d'énergie, production d'énergie, etc.

La blockchain : un levier de croissance pour la France

Qu'attend donc la France pour s'y mettre réellement ? Des expérimentations sont en cours à l'étranger, notamment en Allemagne (la décentralisation est inscrite dans le programme énergétique de l'Allemagne, l'Energiewende). La France a un rôle à jouer dans la promotion et le soutien de ce système. L'Hexagone est dans une situation particulière, avec une énergie très fiable et un réseau de distribution de qualité très favorable aux cycles courts de l'énergie. C'est un incroyable levier de croissance. Il s'avère donc nécessaire d'adresser le sujet, notamment via des initiatives visant à la normalisation pour proposer un cadre favorable et permettre ainsi à la France de pleinement animer cette démarche.

Qui plus est, les consommateurs sont aujourd'hui plutôt bien disposés à l'égard des technologies qui encouragent le développement durable et l'énergie renouvelable. Du côté des autres acteurs économiques (producteurs d'énergie, industriels, start-up, collectivités locales...), il faut encore convaincre. Mais la question n'est pas de savoir si la décentralisation va arriver dans l'énergie, mais quand elle va arriver. Pour préparer l'avenir, il faut déjà construire le présent. C'est un peu comme si nous rêvions d'être sur la Lune, sans avoir construit une fusée au préalable. À bon entendeur.

*boucles énergétiques locales : une boucle énergétique locale, c'est le cercle vertueux de la consommation/production de ressources. C'est un ensemble de solutions concrètes qui s'appuie sur des projets et ressources locales pour desservir la globalité d'un territoire, que ce territoire soit rural ou urbain. Ces initiatives de smart grids valorisent un mix énergétique.

**smart grid : réseau électrique intelligent. Ce réseau électrique favorise la circulation d'informations entre fournisseurs et consommateurs, pour ajuster le flux d'électricité en temps réel et permettre une gestion plus efficace du réseau électrique.

Une tribune de Lucas Elicegui, Directeur Innovation GreenFlex, pour Les Echos.fr