Gaz, électricité : pourquoi les prix divergent

C’est une annonce qu’il vaut mieux faire un week-end de canicule qu’à l’aube d’un hiver rigoureux. A compter de ce dimanche 1er juillet, les ménages chauffés au gaz et abonnés au tarif réglementé d’Engie verront leur facture augmenter de 7,45 % – soit une hausse moyenne évaluée autour de 90 euros pour l’année. « Ce mouvement, largement lié à la hausse du prix du gaz sur les marchés, fait suite à deux ans de faible niveau des tarifs réglementés de vente », a relativisé le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot, dans un communiqué publié vendredi soir. « Les tarifs reviennent ainsi à un niveau équivalent à celui de 2015 », a-t-il rappelé.

L’évolution du tarif réglementé du gaz obéit à un calcul complexe. Proposée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), elle impose de couvrir les coûts d’approvisionnement d’Engie, mais aussi ses coûts commerciaux, ainsi que les tarifs de stockage, de transport et de distribution de la molécule. Compte tenu de la cession des activités d’Engie dans le gaz naturel liquéfié à Total, le régulateur recommandait au gouvernement d’indexer encore davantage le calcul des coûts d’approvisionnement sur les cours du marché. Or, dans le sillage des cours du pétrole qui ont doublé en deux ans sous l’impact de la politique des pays membres de l’Opep, les cours ont aussi grimpé dans le gaz.

La hausse du prix de la molécule ne représentait toutefois qu’un tiers de l’augmentation recommandée par le régulateur début juin, un autre tiers étant lié à la hausse des coûts de réseau. Le dernier tiers est lié, lui, à la hausse importante des coûts commerciaux d’Engie, l’énergéticien peinant visiblement à s’adapter à ses pertes de parts de marché.

Fin du rattrapage tarifaire

Dans l’électricité, le mouvement est inverse, et la facture d’électricité des ménages pourrait légèrement baisser à la rentrée. La CRE a transmis aux acteurs du secteur une proposition de baisse du tarif réglementé d’EDF de 0,5 % hors taxes pour les ménages. Cette baisse est liée, en réalité, à la fin des rattrapages tarifaires imposés par le Conseil d’Etat au titre de hausses insuffisantes du tarif « bleu » les années précédentes. Cela réussit même à effacer la hausse des coûts de transport et une hausse de marge accordée par la CRE.

Cette proposition de la CRE sera transmise au gouvernement, en vue d’une application au 1er août.

Concurrence

Les concurrents d’Engie dans le gaz (seuls 42 % des 10,7 millions de sites sont au tarif réglementé) comme l’italien Eni ou Total Spring, ont profité de l’annonce gouvernementale pour rappeler l’existence d’offres alternatives au tarif réglementé. Certains ont notamment développé des offres à prix bloqué pendant deux ou trois ans, permettant de donner de la visibilité aux consommateurs. Il s’agit toutefois de souscrire ces offres au bon moment.

La hausse du tarif réglementé du gaz devrait mettre la pression sur le gouvernement pour accélérer son extinction. En juillet 2017, le Conseil d’Etat avait conclu que le tarif réglementé du gaz ne poursuivait « aucun objectif d’intérêt économique général ». Un an après, toutefois, le gouvernement n’a pas encore inscrit cette décision dans un projet de loi.

Dans l’électricité, le Conseil d’Etat a validé en mai dernier le principe de l’existence d’un tarif réglementé, qui était contesté par plusieurs concurrents d’EDF. Le débat juridique devrait néanmoins se poursuivre au niveau de la justice européenne.

La hausse des prix de l’énergie pourrait aussi se poursuivre via les taxes, qui représentent déjà autour de 30 % de la facture, la contribution climat énergie, dite « taxe carbone », devant continuer à grimper ces prochaines années.

 

VERONIQUE LE BILLON

Source : Les Echos