Ce n'est pas encore une tendance, mais des entreprises cherchent désormais en France à s'approvisionner directement en électricité auprès de développeurs de projets solaires ou éoliens. Début juin, la SNCF a lancé une procédure de « dialogue compétitif » pour trouver des producteurs capables d'apporter « jusqu'à 20 % de notre énergie de traction à un prix fixe pendant dix à vingt ans », indique Olivier Menuet, président de SNCF Energie.

Cela représente un volume substantiel : plus d'un térawattheure (TWh) par an (sur une consommation de 475 TWh en 2017 en France). En mai, Aéroports de Paris a publié un avis pour « l'approvisionnement en électricité des trois plates-formes franciliennes du groupe » via la mise en oeuvre d'un « power purchase agreement » (PPA), le nom de ces contrats de long terme.

« Croisement des courbes »

Jusqu'à présent, les entreprises françaises n'avaient pas intérêt à conclure ces contrats. Elles pouvaient acheter directement sur le marché de gros de l'électricité à moins de 40 euros par mégawattheure, un prix beaucoup plus compétitif qu'un projet d'énergie verte. Mais les prix du solaire ont fortement baissé ces dernières années, tandis que le prix de marché de l'électricité remonte.

« Le dernier appel d'offres de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) est autour de 60 euros le mégawattheure quand le prix de marché est à 45 euros. On devrait avoir un croisement des courbes entre 2022 et 2025 », estime Olivier Menuet. « Le top management des entreprises ne connaît pas les PPA. Les équipes qui montent ces projets chercheront un prix compétitif pour convaincre leur direction que c'est un pari gagnant », estime Jean-Pierre Riche, directeur général d'Orygeen, associé à Solvay Energy Services pour conseiller ces entreprises.

Ce type de contrat « apporte une sécurité et une visibilité financières à toutes les parties : aux producteurs, aux développeurs et aux entreprises exposées à des prix volatils de l'électricité », analyse le récent rapport E-Cube réalisé pour la CRE.

Verdir leur pratique - et leur image

Avec de multiples variantes, ces contrats de long terme, qui répondent au souci des entreprises de verdir leur pratique - et leur image -, sont courants aux Etats-Unis. « A fin 2016, plus de 60 % de la capacité contractualisée (18 GW dans le monde, NDLR) se situe aux Etats-Unis, dans le cadre de contrats entre de grandes entreprises (type Gafa) et des producteurs » d'énergies vertes, détaille E-Cube. Après avoir développé un parc éolien pour Google, EDF a par exemple signé un nouveau projet dans l'Oklahoma avec Kimberly-Clark - le fabricant des Kleenex- fin 2017.

En Europe, des contrats de long terme ont été négociés en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas ou en Suède, a recensé le cabinet Norton Rose Fulbright. Après avoir signé avec Bloomberg ou Amazon Web Services aux Etats-Unis, le portugais EDPR a paraphé le premier contrat de fourniture directe d'électricité verte à un client final en Espagne - le groupe agroalimentaire Calidad Pascual.

Multiples alternatives
 

Les entreprises ont de multiples alternatives à ces contrats de long terme. Elles peuvent acheter sur le marché des « garanties d'origine ». Quand elles ont de grandes toitures ou des parkings - notamment dans la grande distribution, elles peuvent aussi développer l'autoconsommation. Ikea est allé jusqu'à acquérir quelques parcs éoliens en France - « mais cela mobilise du capital », note Jean-Pierre Riche.

 

VERONIQUE LE BILLON

Source : Les Echos