Les entreprises jouent un rôle majeur dans la transformation du monde économique en engageant leur structure au-delà du strict business. Au fil du temps, leur champ d'intervention s'est naturellement élargi. Dorénavant, la vertu est payante. Elle génère de l'engagement de la part des salariés et des consommateurs, donc de la profitabilité et de la croissance pour les entreprises. Au-delà du « green washing » mis en place par un grand nombre de sociétés pour parfaire leur image, les consommateurs sont à présent avides de « positive business ». D'autant plus que les entreprises sont désormais sous la surveillance étroite des ONG et des réseaux sociaux. « Ce terme de 'positive business' reflète un aspect dynamique, un regard vers l'avenir, une attitude. Etre positif, dans une entreprise aujourd'hui, c'est ouvrir les horizons et pas seulement sur les questions environnementales », a défini Jean-Dominique Senard, président de Michelin et coauteur avec Nicole Notat, ex-dirigeante de la CFDT, du rapport « L'entreprise, objet d'intérêt collectif », lors de la première soirée « Positive Business » organisée par les « Echos Executives », le 7 juin. La crise financière de 2008 a mis en lumière un besoin d'ambitions autres que financières pour assurer la pérennité de l'entreprise. Un groupe comme Elior se préoccupe des conditions de travail des malades, Leroy Merlin aide les mal-logés, ADP met du « care » dans ses relations fournisseurs. Quant à la Société Générale, au travers de sa fondation, elle agit depuis 2006 en faveur de l'insertion professionnelle, notamment par le soutien à des projets d'intégration des jeunes dans la vie active et de lutte contre l'illettrisme. « Par nos transformations d'organisation, nous travaillons en donnant des directions et en investissant sur l'humain par la formation et la responsabilisation du management », a ajouté Frédéric Oudéa, directeur général de la banque lors de l'événement « Positive Business ».

Au-delà de la protection de l'environnement

Le curseur se déplace et va dans le sens de l'histoire. Présentée en Conseil des ministres le 20 juin prochain, la loi Pacte - plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises - va continuer à faire évoluer la notion de responsabilité sociétale des entreprises. Les organisations françaises ont pris une avance significative sur les sujets ayant trait au développement durable, mais pas seulement. Le marché bio de vente directe, par exemple, a pris son essor avec un chiffre d'affaires de près de 1 milliard d'euros l'année dernière. La consommation de tels produits représente 4,4 % du marché alimentaire à domicile, d'après une étude très complète réalisée par l'Insee en 2017. Les frères Frayssinet, Thierry et Luc, en défendent depuis presque trente ans l'éthique, les produits et le secteur des engrais naturels. Leur « positive business » se traduit en amont dans leurs relations avec leurs clients. Autre exemple : diffusant les bonnes pratiques dans toute sa chaîne de production, le groupe Bel redessine les relations qu'il entretient avec ses 850 éleveurs fournisseurs. Consommer mieux et prendre soin de son environnement peut se traduire par un mouvement proactif de transition énergétique. Ainsi, Air Liquide plaide la cause de l'hydrogène avec Pierre-Etienne Franc, directeur de l'activité mondiale hydrogène énergie.

Se donner une mission

Danone, Essilor, Veolia se sont lancés, depuis longtemps, dans la définition d'une mission élargie par rapport au résultat net et aux actions de responsabilité sociale et environnementale. L'objectif affiché d'Emmanuel Faber, PDG de Danone, est d'ailleurs de « créer de la valeur économique et de la valeur humaine ». Chez  Andros, le « positive business » est avant tout social. Son dirigeant, Jean-François Dufresne, a créé un projet unique d'intégration d'autistes dans l'une de ses usines en se basant sur son expérience personnelle. En pratique, certaines sociétés ont poussé leur vision du « business positif » encore plus loin. Nutriset, Maif, OpenClassrooms ou bien encore Cordant se qualifient d'entreprises à mission. Du client au fournisseur en passant par le consommateur, la raison d'être est au coeur de leur stratégie, avec pour risque principal que le client n'y adhère pas.

Delphine Iweins

Source : Les Echos