Adrien De Vriendt

Adrien de Vriendt

Consultant chez GreenFlex

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De nombreux traités de libre-échange sont actuellement en discussion entre l’Union Européenne et les pays neufs d’Amérique. Le 13e « round » de négociation du plus controversé d’entre eux, l’accord entre l’Union Européenne et les Etats-Unis (le TTIP ou TAFTA), s’est terminé le 29 avril. Il devrait être signé avant la fin de l’année.

Les négociateurs européens, en position défensive sur le secteur agricole en crise depuis 5 ans, acceptent une « reconnaissance mutuelle » des normes sanitaires et environnementales et ne militent plus pour une harmonisation vers le haut, alors que les normes européennes sont plus contraignantes. On retrouverait donc dans les rayons de supermarchés européens des viandes américaines nettoyées au chlore aux côtés de viandes européennes nettoyées « à la main » ?

Le consommateur européen se détournera certainement de ces viandes produites dans des conditions jugées inacceptables des deux côtés de l’Atlantique. Le vrai risque pour les filières animales est ailleurs. 

L’ennemi numéro 1 des filières animales européennes : le steak texan mieux produit qu’en France et structurellement moins cher

Le véritable danger pour les filières européennes concerne les produits américains qui arriveront sur le marché unique avec les mêmes normes sanitaires et environnementales, comme c’est déjà le cas (pour l’ « Angus Beef » par exemple.) D’ailleurs, certaines marques américaines ont des standards d’élevage (nourriture sans OGM, élevage sans hormone de croissance ni antibiotique ou volailles élevées hors cage) assez élevés pour satisfaire les consommateurs toujours plus exigeants.

L’écart de compétitivité sur ces produits reste très sensible, y compris sur le marché européen. Les coûts de transports relativement faibles ne compenseront pas l’immense avantage compétitif entre une exploitation américaine et européenne : le rapport du nombre moyen de têtes entre les deux exploitations est de 100 !

Les coûts fixes pour toute exploitation sont les coûts d’achats d’animaux et d’alimentation. Or dans les grandes plaines américaines, les élevages bovins sont extensifs, l’eau et l’énergie sont disponibles à faible coût, et la pression foncière sur les surfaces agricoles est faible. Dans de telles usines, les économies d’échelle sur la main d’œuvre se font facilement.

Les filières qualité : la meilleure option pour maintenir les exportations européennes dans la course de la mondialisation agricole

Quelques appellations d’origine contrôlée permettent de protéger certaines filières qui misent sur une compétitivité qualité/terroir. C’est particulièrement vrai pour les fromages et pour la charcuterie. De nombreux labels viennent valoriser le travail d’artisan de certains agriculteurs. Le bio, de plus en plus compétitif, et profitant de meilleurs standards d’élevage sur le bien-être animal, critère d’achat en plein boom, est un des seuls segments de marché en croissance.

En France, les stratégies « d’urgence » d’engagement sur les prix (laitiers ou porcins) ne seront payantes que si elles s’accompagnent d’une montée en gamme des productions animales françaises ainsi subventionnées. Tous les acteurs s’accordent à dire qu’il faut repenser profondément la structuration des filières animales françaises, du champ à l’assiette en passant par l’abattoir, le camion frigo et le rayon boucherie. Comme pour le textile et la sidérurgie, laissons à d’autres la compétitivité « prix », et battons-nous pour la compétitivité « qualité ».

La gastronomie française est au patrimoine mondial de l’humanité car elle favorise « l’achat de bons produits, de préférence locaux ». La qualité et la proximité vont souvent de pair. La révolution des circuits courts commence à toucher les filières animales sur des filières qualité principalement (viandes du Sud-Ouest Label Rouge ou Bleu-Blanc-Cœur par exemple), boostée par les AMAP ou les plateformes intermédiaires. Cette combinaison gagnante de proximité et qualité des produits issus des filières animales pourrait également fonctionner chez nos voisins européens, méditerranéens ou slaves, qui sont depuis l’Antiquité les principaux importateurs de denrées alimentaires françaises.
Proposons-leur de bons produits frais avec du goût et évitons-leur d’importer de la viande congelée ou du lait en poudre expédié depuis l’autre bout du monde !

Enfin, au niveau de la balance commerciale globale des productions agricoles, la France ne doit pas exclure l’élevage de ses filières d’excellence à l’export (vins, champagne, céréales, fromages …). Investir dans la qualité est essentiel pour redorer l’image de marque à l’export des filières animales françaises, ternie par les scandales sanitaires à répétition. Ainsi, c’est l’ensemble du rayonnement culturel mondial de la gastronomie française qui en profitera : la baguette et le vin rouge accompagnent bien l’entrecôte sauce roquefort, non ?