François Bernardin

François Bernardin

Consultant chez GreenFlex

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« Si rien n’est fait, le risque est de voir tout le monde devenir végétarien ». La phrase est du Ministre de l’Agriculture Stéphane le Foll, qui annonce 20 actions prioritaires en faveur du bien-être animal, et traduit bien le sentiment de panique des filières. Le constat est simple : la question animale, longtemps mise de côté en France, contrairement aux pays anglo-saxons, nous percute de plein fouet. Les scandales successifs des abattoirs d’Alès, du Vigan et de Mauléon-Licharre ont jeté un pavé dans la mare et mis le sujet sur la place publique. Sans mentionner le gavage des oies ou le sexage des poussins, ouvrons les yeux. Nous faisons face d’une part à une montée en puissance d’une pensée abolitionniste, qui séduit de plus en plus : les végétariens ont leur « pride », et une association comme L214 - militant pour l’abandon de l’élevage – a aujourd’hui plus de « like » sur sa page Facebook que le WWF ou Greenpeace. D’autre part nous observons des attentes citoyennes croissantes et incontournables vis-à-vis du bien-être animal (en 2016, 94% des citoyens européens pensent qu’il s’agit d’un sujet important, et 59% se disent prêts à payer plus cher des produits le garantissant).

En face, la majorité des acteurs du secteur se demandent comment aborder un sujet à la fois complexe (par exemple comment savoir ce que l’animal ressent en sortant du réflexe anthropomorphique) et hautement sensible alors qu’il faut déjà agir. Cet immobilisme entraine un retard des entreprises françaises – régulièrement moins bien notées dans les benchmark internationaux – aggravant un problème d’attractivité consommateur plus global des filières. Or, après les scandales de la vache folle, de la viande de cheval dans les lasagnes ou de la ferme des 1000 vaches, nous n’avons vraiment pas besoin de créer encore plus de distance entre les citoyens et ses éleveurs, sous peine de voir s’écrouler des filières animales. Car qui peut penser que les éleveurs cautionnent et se satisfont de ces dérives du système, alors que l’immense majorité a justement choisi ce métier pour vivre auprès des animaux ?

Il faut construire, avec les filières et l’ensemble des acteurs, des référentiels et des labels garantissant au consommateur le bien-être de l’animal de sa naissance à sa mort. Car des labels généralistes comme le bio ou le label rouge ne suffisent plus, les scandales dans des abattoirs agréés l’ont bien montré. Si nous ne répondons pas à cette attente sociétale forte, les filières animales seront demain court-circuitées. Donnons alors aux citoyens la possibilité de choisir leurs produits animaux de façon éclairée avant que des start-ups, développant déjà des substituts à l’alimentation carnée (le steak in vitro ou la viande sans viande) ne remplacent nos filières traditionnelles.

Pourtant, le sujet peut permettre aux filières de se différencier et il existe un potentiel en France pour créer des produits de qualité. D’ailleurs des marques ont fait le pari du bien-être animal et n’ont pas à le regretter. Saint Michel utilise des œufs issus de poules élevées en plein air dans ses recettes. Les 2 vaches vont au-delà du cahier des charges Bio. L’heure est à l’action. Tous les maillons de la chaine doivent se sentir concernés et placer le bien-être animal au cœur de filières de qualité. Car si éthiquement le sujet devient incontournable, il va bien au-delà de la réputation du secteur, puisqu’il impacte aussi la qualité et la sécurité sanitaire des produits animaux. Chaque acteur doit se doter d’une politique globale sur le sujet, structurée sur des convictions fortes et déclinées dans des démarches de progrès à long terme. Le consommateur reconnait la qualité.